Friday, 19 May 2017

Evolution


Evolution

(evo-devo)


« Homme et cheval », in Jean-Baptiste de Pannafieu (auteur) et Patrick Gries (photographies), Evolution, Ed. Xavier Barral, 2011

Envoi (Darwin de retour du voyage du Beagle)

  En me promenant dans l’oeuvre monumentale de Charles Darwin rassemblée en ligne sur un remarquable site d’archives, je trouve les pages suivantes de son Carnet B dans lequel il a l'intuition de l'arbre phylogénétique. C'est un schéma célèbre dans lequel il devine la filiation des formes vivantes vers un ancêtre unique. L'année de la publication de l'Origine des espèces est 1859. Il dit que tous les mammifères ont un ancêtre commun. Il attendra 1871 pour publier The Descent of Man, and Selection in Relation to Sex.
  Mais avant cette date, de nombreux lecteurs auront compris que "l'homme descend du singe". Scandale énorme!


Darwin, C. R. Notebook B: [Transmutation of species (1837-1838)]. CUL-DAR121.- Transcribed by Kees Rookmaaker. (Darwin Online, http://darwin-online.org.uk/)

p. 36
I think



Case must be that one generation then should be as many living as now. To do this & to have many species in same genus (as is) requires extinction.
Thus between A & B immense gap of relation. C & B the finest gradation, B & D rather greater distinction. Thus genera would be formed. — bearing relation

p. 37
to ancient types. — with several extinct forms
for if each species an ancient (1) is capable of making 13 recent forms1, twelve of the contemporarys must have left no offspring at all2, so as to keep number of species constant. —
With respect to extinction we can easy see that variety of ostrich, Petise may not be well adapted, and thus perish out, or on other hand like Orpheus being favourable

1 In the diagram there are 13 lines that have a perpendicular line at the end. [Ba] 2 In the diagram there are 12 lines that are without a perpendicular line at the end. [Ba]



p. 38

many might be produced. — This requires principle that the permanent varieties produced by inter confined breeding & changing circumstances are continued & produced according to the adaptation of such circumstances, & therefore that death of species is a consequence (contrary to what would appear from America)




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variations

  La théorie de l’évolution énoncée en 1859 par Charles Darwin dans son opus majeur L’Origine des espèces, constitue une révolution intellectuelle toujours mal comprise. Des raisons psychologiques très fortes s’y opposent : notre prédisposition – je dirais « naturelle », à donner un sens aux événements en fonction d’une finalité, d’un but, d’y voir à l’oeuvre la volonté créatrice des individus (le mythe de la liberté) ou de puissances transcendantes (le destin, la Nature). Le philosophe et naturaliste Lamarck avait, avant Darwin, énoncé une théorie de l’évolution des espèces basée sur ce genre d’argument finaliste (« la fonction créé l’organe »). Si les girafes ont des cous allongés, c’est pour pouvoir atteindre les sources de nourriture en hauteur etc. Darwin a renversé l’argument : les « girafes » aux longs cous se trouvaient par hasard à la bonne place et au bon moment et du fait de cet avantage dans leur environnement ont put se multiplier (« l’organe créé la fonction »). Rien ne s’oppose plus fort je crois à ce biais cognitif qui nous pousse à privilégier une explication en terme de finalité ou d’intentionnalité, que le principe d’une génération aléatoire des causes à l’origine des variations observables. Darwin dit que le hasard intervient seulement sous forme de causes mal identifiées – dans la source des variations au niveau des cellules reproductrices, ce que nous appelons aujourd’hui des mutations, qui conduisent à l’apparition de différences individuelles ; la sélection des caractéristiques « les plus aptes » produites par hasard, ne doit rien par contre au hasard en tant quel tel, mais exprime le résultat des contraintes du milieu qui opèrent le tri entre variations favorables ou défavorables. Il s’agit de la formulation d’un principe d’utilité (contingent et non pas prévisible, l’argument finaliste ne se cache pas derrière ce principe de « l’utile »), effet mécanique si l’on veut des contraintes que l’environnement fait subir aux individus. On sait que Darwin trouva la clé du principe de sélection naturelle après avoir lu L’Essai sur le principe de population de Malthus, qui explicite cet axiome (posé par Hume ? par Adam Smith?) du « problème économique fondamental » (l’utilisation de ressources rares pour satisfaire des besoins primordiaux, en nombre croissant, par exemple du fait de l’augmentation de la population). Dans cette vision assez mécaniste et fermée, les populations sont soumises à une pression de sélection qui conduit les « plus aptes » à utiliser les ressources limitées dont ils ont besoin pour se reproduire (sans filiation, pas de création d’espèce ou d’évolution). Cela me fait penser à cette réflexion entendue concernant les « dirigeants politiques européens sans enfants ». Comment peut-on « penser » l’avenir (au sens de s’en préoccuper vraiment) quand on n’a pas d’enfants ? Je laisse cette question au bord du chemin mais renvoie à ce lien :
https://leblogalupus.com/2017/05/17/des-dirigeants-sans-enfants-menent-une-europe-somnambule-a-labime/.
  Que cela nous plaise ou non, l’évolution biologique et l’histoire humaine se ramènent à des fondamentaux qui ont pour noms, génétique des populations et masses démographiques : le fameux « nombre des hommes » qui fait l’histoire, cher à Fernand Braudel et aux historiens de l’école des Annales, est un de ces paramètres de poids qu’il serait vain de négliger ou d’ignorer.

   Donc Darwin met l’accent sur la pression de sélection qui procède d’une logique de maximisation de l’utilité sous contraintes « économiques » (au sens large du terme, ce principe s’appliquant à l’ensemble du règne vivant). Une des conséquences fortes de la théorie darwinienne appliquée aux sociétés humaines me paraît être la suivante : de la même manière qu’il n’y a pas d’hérédité des caractères acquis (notre « expérience » de la vie ne se transmet pas via nos gènes à notre descendance ; la seule chose qui s’y transmette génétiquement est le code de notre ADN au moment de la conception), et que chaque génération animale est confrontée aux mêmes difficultés potentielles par rapport aux changements de l’environnement (qui sont le plus souvent lents et graduels) ; de façon semblable il n’y aurait pas plus de « transmission d’expérience » entre générations de l’espèce humaine. Scandale !
   Et la Culture alors ? N’est-ce pas justement l’instrument fabriqué par l’évolution qui nous permet de briser les contraintes de l’évolution biologique ? Oui certes, mais il me semble, sans que cela rende la culture inféconde, que cette dernière, qui est en effet le produit de l’évolution d’Homo Sapiens avec son gros cerveau, l’art, le langage, les outils etc, bien que dotée d’un formidable pouvoir de transmission et d’apprentissage (de réduction du désordre), ne serve en définitive pas à grand-chose face à la double contrainte issue de la loterie génétique d’une part et de la pression de sélection d’autre part. Qui nierait que cette pression ne s’est pas calmée dans notre espèce en dépit de tout le progrès scientifique ou technique ? Venez faire un tour en Grèce ces temps-ci et mettez votre nez dans la vie quotidienne des gens, je n’y vois rien d’autre que l’application d’un « darwinisme social » décrété par les dirigeants européens sur un peuple plus faible qu’eux. La pression de sélection et la réalité de l’économie, voilà des paramètres que l’on peut comprendre évidemment mais quid de la loterie génétique ? Est-ce toujours aussi important que pour les animaux ? Je dirais oui, suivant le raisonnement darwinien que ce sont justement les individus qui, réussissant à transmettre leur patrimoine à la génération suivante, passent à travers le filtre du hasard moléculaire et des contraintes de l’économie qui sont les véritables acteurs de l’évolution de l’espèce. Pour eux, pour nous tous, la culture est une illusion nécessaire, mais rien de plus qu’une illusion. J’en tiens pour preuve (si l’on veut) et je ne m’en réjouis pas, le fait que la connaissance de l’histoire ne nous protège pas de la répétition des erreurs des générations précédentes, et que la politique est juste le grand spectacle de la mise en scène du pouvoir, que par conséquent elle ne sert à rien qu’à dévorer des ressources rares et précieuses, qu’elle constitue en quelque sorte, avec la religion, l’illusion suprême (mânes de Marx et de Freux, reposez en paix).

  Darwin, Marx, Freux, les trois «briseurs d’illusions» de la vision du monde moderne : l’homme n’est pas le sommet de la création des êtres vivants ; l’homme est un loup économique pour l’homme et la société est l'histoire (évolutive) de la lutte des classes ; la culture enfin est une production de l’inconscient qui nous aide à mieux vivre et surtout à masquer nos angoisses ou habiller nos instincts de motifs plus nobles, plus acceptables. De ces trois gaillards Darwin me semble être aujourd’hui le moins bien compris. C'est qu'il y est question de science dure, sérieuse, qui repose sur des bases physico-chimiques et dont la complexité aux niveaux élevés de l'évolution défie toute simplification. Comme les autres comparses, il a fait l’objet de lectures simplistes à fondements idéologiques, justifiant les pratiques inégalitaires d'une société prédatrice. Darwin n’a jamais prétendu que la sélection naturelle impliquait l’eugénisme au sein de l’espèce humaine ou la supériorité naturelle d’une race sur une autre. Il a toujours défendu le principe des lois morales et considéré que l’altruisme était justifié du point de vue de l’évolution. Il aurait eu en horreur qu’au nom du détournement de sa théorie par des « économistes » on tienne la loi du profit et de l’exploitation capitaliste comme le but à atteindre pour notre espèce et le critère de réussite des individus. Le détournement de Darwin a commencé très tôt, quelques années après L'Origine des espèces, avec les écrits d'Herbert Spencer.
  Je me dis alors qu’il est peut-être nécessaire de s’attaquer sérieusement à cette théorie synthétique de l’espèce humaine, sous les traits des la sociobiologie et des neurosciences, si l’on veut y voir clair. Il est peut-être temps aussi de consigner au rayon des archives une bonne partie du verbiage de la philosophie.

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Evo-devo
Evolutionary development biology ou biologie évolutive du développement
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Et encore une superbe photo tirée de l'album Evolution