Wednesday, 15 January 2014

Le monde m'interroge...

Le monde m'interroge, je l'interroge, je l'observe, je lis le monde, j'écris le monde, je m'écris en lisant le grand livre des hommes, chaque homme est un monde d'ignorance, de cruauté, de souffrance, de beauté, de compassion, de lumière, je suis ignorance, cruauté, souffrance, beauté, compassion, lumière, je suis moins que tous les hommes, ma lecture du monde fait de moi plus que tous les hommes; mais il n'y a plus d'hommes, il n'y aura bientôt plus de sujets liés par la parole, par le devoir, par le silence, par l'écriture, il n'y aura plus que les corps, les déchets, les rebuts, les stigmatisés; je suis juif, je suis chrétien, je suis musulman, je suis athée, je suis couvert de tous les stigmates des hommes qui font l'histoire, qui écrivent le livre du monde dont j'écris un mot, un seul, dans d'infinies nuances, dans l'obsédante répétition, dans la terreur de le perdre, dans l'abjection de vouloir le perdre pour leur ressembler à tous, les hommes, mes semblables, qu'un obsédant et terrible désir de semblance unit pour le pire dans la cruauté, l'indifférence, l'apparence, le mensonge, le langage fabriqué des élites, le langage fabriqué de la technique, le langage fabriqué des académiques, le langage qui délie les êtres dans la pensée informe, dans le vide des sentiments, dans l'écoeurement des violences réjouies, ce mot unique, liberté; ma liberté d'être de penser de sentir de jurer de mentir de désirer d'unir, ta liberté d'être de penser de sentir de jurer de mentir de désirer d'unir, en plein vol, ciel ouvert, cœur ouvert, au-dessus du monde, des stigmatisés, des damnés, bientôt corps plus que corps, glorieux, nous, tous, corps des hommes en plein ciel; toute la peau du corps des hommes, un seul livre, un livre infini, et mes mots, tes mots, le langage, ce qui nous unit, ce qui nous déchire, ce qui nous livre aux mains des bourreaux pour un oui, pour un non, ce qui nous assujetti, ce qui nous rend libres, car notre prison ouvre sur un coin du ciel, et cela suffit à mon bonheur.


Juden Raus! Le carcan est dur, je peux à peine bouger. Ce voyage en train a été si long. Dans la chambre terminale, des traces de griffes au plafond. Poussière, tu retourneras à l’Un.

Leçon d’analyse cinématographique : comparer le travelling de ‘Kapo’ (Gilles Pontecorvo, 1959), commenté par Jacques Rivette dans les Cahiers du Cinéma, 1961 : « De l’Abjection », avec l’entièreté de ‘Nuit et Brouillard’ d’Alain Resnais (1955).

Ecrire l’abjection est-il un exercice de style pornographique ?

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