Je renonce

JE RENONCE



Je renonce
à la Littérature
aux esprits
aux maléfices
à la technique
aux aliénations de masse
aux nouveaux opium du peuple
aux  idoles de Wall Street et de la Sillicon Valley
au nexus de mégas entreprises globales nichées au cœur du système capitaliste

Je renonce
à la guerre des étoiles
à Barbarossa, Stalingrad, Koursk, Bagration et Berlin

Je renonce
au réchauffement climatique
à la mort du corail
et aux derniers ours polaires

Je renonce
au journalisme
à la marchandisation du corps
à la monétisation des souvenirs
à l'exploitation de la joie
à la prostitution de l'information
aux pamphlets

Je renonce
à la poésie lyrique
aux sentiments océaniques de Chateaubriand
à la Vallée-aux-Loups
à Jérusalem
à Vancouver
à Brasilia

Je renonce
aux  ruines du Forum Romanum
aux Panthéon
aux rues de Rome
aux rues de Naples
à la Sicile
et à toute l'Italie du Nord

Je renonce à décrire des machines logiques, des états mentaux, des rhizomes multiplicatifs

Je renonce à la modernité et ses inventions

Je renonce à Voltaire Rousseau et Spinoza

Je renonce à obtenir une chaire de philosophie ou de Lettres dans une université américaine du Deep South

Je renonce aux transhumances dans les Pyrénées, à la truffe amicale du chien de berger, aux sentiers secrets connus des contrebandiers et des réfugiés espagnols de la guerre civile
aux side-cars de la seconde guerre mondiale qui roulent parfois sur les routes de la Grèce
aux "ancêtres" bichonnées que l'on sort pour les fêtes de la Province, ou bien de l'Amérique, ou pour les bons vœux de rétablissements au Pape

Je renonce aux coqs de combat

Je renonce
à si peu
à  des presque rien
à des miaulements de chat qu'il me vient l'envie de pleurer pour les chats tigrés que je n'aurai pas caressé, qui ne se seront pas frottés à mes jambes, qui n'auront pas eu leurs croquettes, qui ne seront pas attentifs la queue droite, fiers comme des mousquetaires sur les corniches et les murs des jardins, en particulier de ce jardin-là qui hante ma mémoire

Je renonce
aux senteurs de pêche
aux fils de l'araignée
à l'instant fugace qui ne peut pas avoir de nom, d'identité cosmique dans la séquence des jours, des heures, des minutes, mais peut-être des secondes où il se cache, s'enfouissant dans les replis du temps minuscule qu'on appelle le bonheur
à ce mot
à ces deux syllabes
à ces sept lettres
à cette philosophie de la poursuite du bonheur

Je renonce
à la course elliptique des planètes, des satellites, des astéroïdes
à la Comète de Halley
à la sonde Voyager
au télescope spatial Hubble
et à 2001 l'Odyssée de l'espace

Je renonce
à Malcolm Lowry
à James Joyce
à Franz Kafka
à Herman Broch
à Robert Musil
à Alfred Doblin
à John Dos Passos
à John Brunner
à Zanzibar
aux Îles Aléoutiennes
aux shamans de la taïga
aux grizzly du Canada
au chant des partisans
au cinéma d'Alain Resnais
à l'impossibilité de dire, transcrire, figurer l'imprononçable, l'apocalypse, le vent

Je renonce par conséquent à toute tentative d'écriture, car tout a déjà été écrit et les livres remplissent les bibliothèques

Je renonce à sauver les bibliothèques brûlées par les barbares, les califes, les nazis, les ignorants


Je renonce
aux attentions de ma mère
à ma famille éloignée
aux amis disparus
aux compagnons d'un jour, d'un soir, d'une éternité
à toi qui m'observe dans le miroir

Je renonce
Je renonce
Je renonce
aux mensonges
aux illusions pré-fabriquées
aux cosmétiques
aux rêves de pacotille
aux mystères de l'Atlantide et du Chimborazo
à la mer infinie
aux vagues
aux voix qui se mêlent aux vagues
au flux des pensées
au continu
à l'algèbre
aux équations différentielles
à la prosopopée
à la propédeutique
et à la phénoménologie

Oui, je  renonce
au savoir des académiciens
à l'ignorance enfermée dans les livres où des ânes broutent le langage des chardons de l'esprit pendant que les mots tentent désespérés de s'échapper, de s'envoler du papier, de muter dans une forme de vie spirituelle supérieure qui reste tout entière à créer du bout de ce crayon pas bien taillé, obstiné, de ces doigts fatigués, de mon discours sur l'être, pourquoi du néant plutôt que de l'être

Je renonce aussi
à la psychanalyse
aux  nœuds marins
au théorème des quatre couleurs
aux ponts de Koenigsberg
aux temps polynomial
au Roman d'Arc
à la Route d'Arles
au Ring
a l'Instant Borges
à Wendy et à Jim d'American Shots
à Marilyn Quantique
aux Métamorphoses, car je suis ce tankiste soviétique, je suis ce pilote de chasse israélien, je suis ce guérilléro mexicain, ce bandit de grand chemin, ce gladiateur, ce fermier du Kentucky, ce planteur de coton du Mississippi, ce Noir qui gratte de la guitare en tétant du blues râpeux au sein de Mère Nature; je suis personne et personnages, masques d'une cérémonie, du theatre Nô et du Kabuki, tournant un bout d'essai dans un film expérimental qui mêle esthétique fasciste à la Leni Riefenstahl et mise à mort de victimes innocentes façon snuff movie, ou alors, je suis bombe humaine à hydrogène primordial, désir d'atomes souverains qui nous rapprocherons du Souverain Bien, du Logos, de Dieu le vénérable, l'ancien condottiere à la mine de charbon farouche, aux yeux  étincelants de poisson-chat, aux manières de reître brutal, cruel, sanguinaire, dépossédé de sa création par ses créatures et par leurs chimères qui se baladent désirables et nues entre hôtels-casinos géants sur le Strip de Las Vegas, pauvres chairs gonflées d'hormones de synthèse, fesses protubérantes, fanfaronnade d'acides nucléiques a bout de course, à bout de souffle, à bout d'amertume, au terminus de l'atroce réalité, pauvres filles scotchées, les seins aplatis, dans les écrans tactiles des nouvelles applications cyber-sexuelles qui font fureur sur la Côte Ouest, mais à l'Ouest du méridien de Quaunahuac où tout commence, où rien ne s'achève, car ce qui a été écrit n'est plus à inventer saut peut-être à partir d'un langage brut

Je renonce donc aussi
aux langues schizo
à la névrose obsessionnelle
aux barbituriques
à l'acetylcholine
aux ribambelles de molécules nouvelles testées dans les laboratoires pharmaceutiques pour guérir du sida, des cancers, de la maladie d'Alzheimer, mais pas de l'attente de la mort

Oui, je renonce
à cette fin dernière: Mort! Tu es morte! Regarde ton œuvre, tu n'es qu'une pute, je n'ai que faire de toi Mort, tu es libre de me quitter, tu es libre de regagner ton Paradis Perdu, d'y jouir de la solitude enfin chèrement acquise; Mort tu ne m'es plus rien que néant qui vide ses entrailles sur la plage dans un glouglou répugnant de chairs décomposées, car renonçant à toi par les pouvoirs supérieurs qui me sont dus de la pointe de ce crayon maladroit, taillé et retaillé d'une pointe définitive, je t'expédié dans l'au-delà dont tu n'aurais jamais dû sortir, mais hélas les jardins sont détruits par la foule des sans-abris qui se déversent depuis les stades de béton aux portes du Royaume

Oui, je renonce
à la littérature, assassinée dans les parkings d'un centre commercial
à mes reflets
aux maux du monde qui me lient à vous, amis de ma décrépitude
au tabernacle
aux Musées Royaux des Beaux-Arts et d'Histoire
à l'ours en peluche de mon enfance
aux trésor des Templiers
et au Graal

Je renonce
aux processions des saints de toutes les religions
aux momies emmaillotés de la Vallée des Rois
à marcher avec toi dans l'ombre de la  vallée de la mort
aux hierophantes
à chasser Moby Dick dans les mers australes
à descendre dans le maelström au large des îles Loffoten
à la ballade du vieux marin chantée par Coleridge, illustrée par Gustave Dore

Je renonce
à la magie
à la poudre de psylocibine
aux ampoules d'amphétamines
aux cocktails explosifs
à la samba
au tango
à la salsa
au flamenco
à la valse
au rebetiko
aux symphonies de Mozart
aux sonates de Scarlatti jouées par Alexandre Taraud
à la Chaconne en ré mineur BWV 1004 de Jean-Sebastien Bach adaptée au piano par Busoni et interprétée par Helene Grimaud au Gates Concert Hall de Denver, Colorado, le 17 septembre 2014
à la plainte de La Callas dans la Norma qui te faisait pleurer

Je renonce
Je renonce
Je renonce
à ne rien oublier, l'heure avance inexorable, il faut se dépouiller de tout avant de se présenter devant son juge, il sera temps bientôt de renoncer
à la soupe de poisson
au poulet spectral maison
à la viande rouge
au piment
au sel
et aux fruits de mer
au ballon de Brouilly que tu aimes déguster en terrasse à Paris
aux promenades dans le Quartier Latin
aux boîtes vertes des bouquinistes le long de la Seine
à la librairie Shakespeare and Co face à Notre-Dame
au calme après l'orage les soirs d'été autour de l'Opera Garnier
à la Rue de Rivoli
à l'hôtel Meurice où j'ai déjeuné deux fois, la première c'était une rencontre d'affaires organisée par la société de logiciel en finance de marché Sophis, autour de la nouvelle version de leur produit phare, Risque; la fois suivante en compagnie de Thierry Ardisson, et je mangeais des scones et des tartines fourrées au saumon pour la modeste somme de 50 euros, du moins il me semble
au Poulbot de Montmartre
à la rue des Abbesses
au siège de Paris et à la Commune de Paris, à la répression féroce des Versaillais
aux conférences télévisées d'Henri Guillemin
aux femmes de Paris
aux femmes d'Amsterdam
aux femmes de Londres
aux femmes de Montreal
aux femmes de Santa Fe
aux femmes de ma vie, non
à ma biographie
à mes aphorismes

Je renonce
au reniement des amitiés
à la trahison des valeurs
au trucage  des communiqués
à l'oubli de soi
au renoncement, qui est le piège ultime de l'Ego comme l'avait compris Nietzsche qui dénonçait les marchands d'outre-monde, les camelots d'espérance, les pourvoyeurs de songes creux, les imposteurs, les charlatans qui appellent au sacrifice pour de grandes causes, et voyez ces jeunes en mal d'exister qui s'en vont combattre au Moyen-Orient, voilà à quoi ressemblent les Brigades Internationales du XXIeme siècle, la guerre civile de Syrie est notre guerre d'Espagne inversée, répétition générale
au renoncement qui sonne le signal de la capitulation, je dis non
au renoncement de ma lucidité, je dis non
au renoncement des actes justes et des mots justes, je dis non
au renoncement de la foi viscérale en la beauté du monde, je dis non

Je renonce
à si peu
à des trois fois rien, que dans le fond, je ne renonce qu'à quelques empires, à quelque gouvernement, à un poste quelconque dans une administration où j'y fais des choses de peu d'importance

Je renonce
aux visions ultramarines du Pequod prisonnier des glaces de l'Antarctique
aux poissons volants des deux hémisphères qui se rejoignent sur l'Equateur
aux pigeons migrateurs qui emplissaient par centaines de millions les cieux d'Amérique du Nord, racontés par Jean-Jacques Audubon
aux généalogies des mollusques  et des champignons qui poussent comme excroissances tuméfiées sur le tronc vigoureux de l'arbre de la vie
aux pommes d'or dans le jardin du soleil, et c'est bien peu de choses, je le reconnais

Mais  toi, renoncerais-tu à la liberté?

Je renonce
à mille vies imaginaires
à Louis-Ferdinand Celine, Virginial Woolf et Marguerite Duras

Je renonce
au Consul de Lowry
et au Vice-Consul de Duras

Je renonce
aux Indes
et à la plage de Wissant

Je renonce
à la lèpre
et au feu grégeois
à la conquête de Constantinople
et à la charge de la brigade légère
à la chemise en lin de Tolstoi et ses gestes d'apôtre de la grande terre russe, et depuis que j'ai renoncé aux catalogues, aux index, aux tables des matières de la taxonomie comparative et de la phylogenèse, le calme d'un pardon d'enfant est monté de la terre aux cieux avec la brise du soir, l'apaisement est venu

Je renonce
au ventilateur qui brasse l'air chaud
au chant des grillons
aux siestes
aux épopées bruyantes
aux chats qui se prélassent au soleil
à la photo de mes grands-parents maternels
à l'œil fixe de Thanassis qui me regarde, son bon œil, et qui me dit: "ne renonce jamais à ramasser le moindre bout de journal qui traine dans la rue, il contient peut-être une pépite rien que pour toi"; c'est ce que disait ma mère, Thanassis, son père, lisait tout ce qui lui passait d'imprimé par la main, de son œil valide il lisait car il avait perdu l'autre suite à la négligence d'un médecin; et déjà, il y avait querelle entre les médecins et moi, ils ne me ratèrent pas à la naissance

Je renonce
aux virages serrés des petites routes côtières du Péloponnèse
à l'Orient qui s'annonce
à reprendre Constantinople, Smyrne et les rivages d'Asie Mineure
à la Mare Nostrum
à la Bibliothèque d'Alexandrie
aux Bouddhas géants de Bamiyan
aux Chrétiens du Levant
à répandre tel un dieu vengeur de mes doigts, le feu nucléaire sur l'Etat Islamique et ses sicaires, ses financiers, ses idéologues confortablement installés dans des hôtels cinq étoiles de Dubaï, du Qatar ou de Londres, qui rêvent de soumettre ou d'exterminer tous ceux qui ne leur ressemblent pas; s'ils viennent ici, je les attendrai le fusil à la main

Je renonce
à l'écriture de ce poème
à  la tentation de la logorrhée
à l'ennui
à cet ultime avatar de mon crayon

Je renonce à l'absence de point final

Je renonce à ce Carnet Perdu Vert Émeraude commencé le 23 décembre 2013 dans une galerie marchande d'Auderghem près de la station de métro Herman-Debroux; à l'époque, j'habitais Boitsfort, dans le Coin du Balais, auquel j'ai renoncé compte tenu des circonstances, des aléas, de la nécessité de déménager, qui m'a accompagné fidèlement depuis ce jour, et qui va rejoindre la collection des carnets achevés, bientôt, très bientôt, le temps d'un ultime souffle de renoncement aigu, le temps pour le soleil d'avancer un peu vers le couchant, sur cette plage de l'hôtel Cokkinis entre Athènes et Corinthe où je m'étais arrêté en 2012 pendant les travaux à la maison, avant les jours de la route d'Arles, avant les jours du Ring, avant le Journal d'un fou, avant le renoncement le plus important de ma  vie; alors, j'attendrai encore un peu que le soleil poursuive sa course, je tracerai avec méthode et tremblement les derniers signes sur le Carnet auquel je devrais en toute logique renoncer, l'abandonnant sur cette plage de galets, ou le lançant à toute volée dans les flots du golfe Saronique, mais je sais que je n'en ferai rien car je ne puis renoncer à l'ossature de mes abandons, au squelette vif qui rit sous cape de mes histoires, sous peine de brûler mes vaisseaux comme je le fis déjà il y a une dizaine d'années pris d'une rage de nettoyage dans laquelle je vendis la moitié de ma bibliothèque, mais surtout où je brulai symboliquement, dans des poubelles jaunes pour vieux papiers, tous mes manuscrits, tous mes dactylogrammes, toutes mes ébauches, tous mes écrits, rédigés depuis l'adolescence: un carton de documents définitivement perdus, effacés sous le coup d'une impulsion, sans doute salutaire à l'époque mais que j'ai plus d'une fois amèrement regrettée depuis lors, et même si ce Carnet Perdu n'effacera rien en regard de tout ce qui a été effacé, je ne puis l'abandonner; il me faut d'un ultime effort obstiné l'achever ici même, le mener à son terme naturel, la dernière page, en récapitulant ce qu'il a été depuis ce jour de décembre où j'écrivais ceci: " Would you mind staying out of range? Ladies and gentlemen, this is Mister Welles!" - car même si cela ne regarde que moi, les heures, les épisodes, les rencontres, je sais qu'il me faut tourner la page, clore un chapitre, afin de reprendre mon souffle, repartir ailleurs dans les chemins de l'écriture sur d'autres carnets, d'autres dactylogrammes, d'autres documents numériques, d'autres fenêtres sur le réseau, toujours vers autre chose, et je comprends à présent le sens de ce poème au moment où il s'achève, je n'ai pas renoncé, je n'ai jamais voulu renoncer, j'ai joué avec l'idée du renoncement, car la Présence abonde, déborde, s'expulse, se protrude, se délivre dans les maux des mots; et donc, par ultime voie de conséquence, dans l'implacable démonstration de la pensée qui se retourne sur elle-même, dans le lancement du dernier mouvement allégretto de ce concerto pour voix et mémoire dans lequel je devine une structure à trois tempos, rapide, lent, rapide, dans ces ultimes préparatifs de la conclusion d’une tranche de vie, je déclare avec le plus grand sérieux, que je renonce:
au tic-tac des vieilles horloges
au ressac des vagues
au pizzicato des violons
aux piqures de moustique
à l'évent des baleines sur le Saint-Laurent
au choc des civilisations
au Tour de France
au pèlerinage de Saint-Jacques de Compostelle
au Cap de Bonne Espérance
au Cap des tempêtes
aux voyages du Beagle
au pouce du Panda
aux pierres de Marrakech
au monastère d'Amorgos
au ressac des vagues
aux horloges atomiques
au péage sur les autoroutes
à la pluie
aux naufragés de la route
au golf
au cinéma de Mizoguchi, des frères Tarkovski et d'Ingmar Bergman
aux Fraises Sauvages de ce dernier
à Solaris
à la révolution copernicienne
à la découverte de la longitude
à Alexandre Von Humboldt
au 20 septembre 2007
au 16 mars 2013
à "Spinoza in China" de l'estimé Marc Perrin
aux Spoken Words de l'estimée Moe Clark
au Festival Maelstrom de l'estimé David Giannoni
aux poètes
à mes amis
au passé simple
au plus-que-parfait
au futur antérieur et son complément le futur intérieur
aux langues que je ne parle pas
aux chansons que je ne fredonne pas
au ressac des vagues
au glissando des violoncelles
au silence de la plage
aux îles paradisiaques
au "Plancher" de l'estimée Perrine le Querrec
aux anamorphoses de l'estimée Milady Renoir
au déluge
aux Illuminations
à une saison en enfer
au Desdichado
aux Djinns
à la Bouche d'Ombre
à la Jeune Parque
aux licornes ruant du feu contre une nixe
aux elfes noirs
aux Guelfes
aux Gibelins
à Dante
à la scolastique
à l'hégémonie du Verbe
à l'Eternel Retour
à la mort des Géantes Rouges
au Big-Bang
à l'horizon cosmologique
au ciel
aux nuages
au ciel
aux nuages
aux paysages de là-haut
aux pays de là-bas
au centre de la Terre
et au trou noir qui l'engloutira

Je renonce enfin
aux chiffres
aux lettres
aux oumphs
aux bah
au Ka
au zéro
à l'infini.



Tout est dit du renoncement et de son contraire, de la  disparition, de l'exubérance de la vie pour elle-même.


Cette prière du renoncement a été composée en pattes de mouches avec crayon noir H/B numéro 2 sur papier ligné ordinaire de marque Moleskine pour le compte des Métamorphoses de C.

A Megara (Grèce), le 7 août 2014.


Le Carnet se termine ici.

Rien n'aura eu lieu que le lieu
sauf peut-être
dans  l'intervalle
d'une conscience
le souffle d'une
expiration entre
les mondes.

Et le reste est
silence et
pages blanches.  




JE RENONCE

"Poème" oral populaire, prière, journal, pour incantation - sur le modèle du texte "Je m'accuse" d'Antonio Bertoli (Editions Maelstrom, qu'ils en soient remerciés), avec la participation involontaire de Marc Perrin, Moe Clark, David Giannoni, Perrine Le Querrec et Milady Renoir. Qu'ils en soient également remerciés.


Commentaires

  1. Tu as vraiment écrit tout ça dans ce tout petit Moleskine?
    ... Je renonce à comprendre ;)

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    1. oui, au kilomètre, ce qui a pris un peu plus de la moitié du carnet

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