Théâtre des Opérations, Décembre '17



Episode 12

  « Je pourrais m’imposer comme monarque absolu, autocrate, tyran, dictateur de droit naturel, divin ou prolétarien à ce qui reste de l’humanité sur la Terre dévastée et leur faire comprendre la leçon de leurs erreurs – mais quoi ? L’histoire et le mythe toujours recommencés ? 

Pour que l’homme se remette à croître selon sa mauvaise pente naturelle, pour qu’il y ait Renaissance, Expansion, Sommet et Effondrement, une fois de plus ? Autant laisser cette espèce périr ! Elle l’aura bien cherché ! Et le Cosmos n’en ressentira absolument Rien ! Mais… soit, j’ai été « humain » moi aussi, quelque part dans la galaxie il y a longtemps, ai-je le droit de les abandonner ? Ce n’est pas la bonne question, elle ne me concerne pas en tant qu’individu doué de superpouvoirs, si je me manifeste dans ma pure puissance, je ne les aiderai pas à s’émanciper de leur complexe de soumission. Si je veux les aider, je dois disparaître sous ma forme actuelle et naître parmi eux, tel qu’en mon humanité je leur suis semblable et différent, parce que chaque naissance est une promesse que quelque chose de radicalement nouveau est possible. Et chaque naissance est fragile. Peut-être jusqu’à l’oubli de ma propre origine. Si je veux les aider, ce sera avec l’espoir que des bonnes volontés, une intelligence réellement collective émerge et que de ce « Nous », une nouvelle fondation de la Cité arrive dans la gloire d’un commencement absolu. Leur histoire est semée de quelques « trésors perdus », de Révolutions politiques qui ont fait progresser l’idée et la réalisation de la Liberté. Même si nous savons tous que cette dernière est une puissante illusion. Leurs philosophes en débattent depuis l’aurore de la pensée en Grèce : il faut sortir de la Caverne disent-ils, voir la lumière du Vrai, et il faut retourner dans la Caverne pour aider les prisonniers à s’en libérer. Cette étincelle est ce que chaque naissance apporte au monde. Et toutes leurs expériences politiques ont fini par tourner court. C’est ainsi : mais comment commencer à penser Demain sans flétrir cette pensée sitôt portée à la conscience ? Comme quelque chose de toujours différent ? Comme propédeutique de résolution de problèmes ? Les problèmes d’aujourd’hui sont les seuls qui comptent. Alors, vous pensez-bien : demain ? Comment éviter les futurs problèmes, martèlent les plus savants qui, aidés de graphiques, de bon sens et d’une bonne capacité d’observation, devinent les tendances, les goulets d’étranglements obscurs autant que les échappées possibles vers l’azur ? Par des Constitutions nouvelles garantissant de meilleurs droits, répondent d’autres et surtout, oui, surtout, par de nouveaux devoirs. L’obligation de respecter la vie et l’environnement, l’obligation de consommer avec mesure, l’obligation de l’autolimitation des désirs, l’obligation de la civilité et de la meilleure éducation possible. L’obligation du collectif. L’obligation du politique. L’homme, animal politique qui l’a oublié. Il faut réinventer le Sur-Moi de cette humanité en perdition. C’est cela l’idée du Bien. Certains d’entre eux, par leur culture, seront plus facilement disposés à y adhérer et à le proposer. En fait, paradoxalement ceux qui sont entraînés par leur complexe de soumission à la passivité, seront les premiers à dire « merci » à ce qui vient les sauver. Mais comme ils forment la masse de l’humanité, ils exerceront un effet d’entraînement sur les autres. Faudra-t-il, logiquement, extirper le ver du fruit et tuer l’individualisme chez tous les autres qui renâclent, s’insurgent, nient l’évidence ? Ah ! vérité et violence, ce couple diabolique ! Certains disent encore qu’il faut garantir des droits humains minimaux à « tous » : mais qu’est-ce que « l’humanité » ? Qu’est-ce qu’un « être humain » ? Jusqu’où inclure notre définition de l’humanité nouvelle sans exclure le moindre brin d’herbe, les animaux ou la future intelligence artificielle consciente d’elle-même ? J’ai entendu dire que « le droit d’avoir des droits » constituait la définition minimale de cette nouvelle plate-forme universaliste – et que tout le reste en effet consiste en devoirs, en protections, en limites, en fait ce qu’ils appellent des « droits » par un curieux retournement du langage, mal compris par leurs « penseurs néolibéraux » qui réduisent les droits à l’Ego insatiable et à l’appétit de pouvoir ou à l’absurde « droit à la différence ». Etre différent n’est pas un droit qui exige l’octroi de privilèges, c’est le fait même de votre naissance, pauvres cloches, c’est le fond de la condition humaine ! Je déclare par conséquent que tous les êtres « vivants » disposent du droit d’avoir des droits, de la bactérie aux algorithmes, en ce y compris mais sans plus de prérogatives d’origine prétendument transcendantales que Dieu ou l’Univers aurait accordé à la « nature humaine », donc, y compris aux humains de toutes les origines, de tous les lieux, de toutes les façons de peau, de langage, de coutumes, de style de vie et de vision du monde – sauf si leurs coutumes, styles de vie ou visions du monde les amènent à violer les Lois de l’Intelligence (1). Ceux-là seront poursuivis pour crimes, et le plus grand de tous est celui d’écocide, qui inclut les massacres de masse, les génocides et autres exterminations lentes infligées par l’homme à l’homme et par l’homme à la planète. Il faudra donc poursuivre tous les responsables de multinationales et de gouvernements complices du crime d’écocide, actuels ou passés, sans prescription. Les peines ne seront pas financières car celles-ci sont déjà intégrées dans leurs systèmes juridiques de coûts - bénéfices. Il faudra inventer une nouvelle typologie de peines démocratiques et en revenir peut-être à des formes actualisées de bannissement, d’exil (les condamnés ne vivront plus par exemple que dans des univers virtuels, c’est une idée à creuser). Qui mettra en place un tel système ? En attendant qu’un groupe d’humains écrive cette future Constitution de la République Universelle, et qu’elle soit ratifiée par le plus grand nombre à l’issue de débats participatifs et inclusifs, laissons de côté théories et abstractions, et plongeons-nous dans l’agir en apprenant à faire preuve de « Jugaad » comme disent les hindous. Débrouille innovante ou rafistolage, car c’est tout ce qui nous reste en capacité réelle d’action à tous les niveaux de pouvoir. Enfin, apprenons à sourire. »
  Une fois qu’il eut finit son monologue intérieur, le Surfer d’Argent entreposa sa planche de surf quantique en lieu sûr (en fait, il s’agissait d’une extension de son propre corps, même substance, oussia), transforma son corps et son visage (en fait, il n’avait plus de visage en propre mais celui-ci s’adaptait aux désirs inconscients de son interlocuteur) et s’habilla d’un costume rapiécé, d’un chapeau et du manteau noir d’un cousin de Cracovie. Il choisit de s’installer au coin d’une rue de Bruxelles, dans le quartier du vieux Laeyken et n’en bougea presque plus. « Je m’appelle Peter Schlemihl » disait-il en tendant la main. Des gens s’arrêtaient et lui donnaient un peu de monnaie, du pain, une friandise. La plupart des passants l’ignoraient. Si les gens l’interrogeaient, il leur tenait un discours et parfois, rarement mais cela arrivait, ces gens-là repartaient les yeux étincelants et le sourire aux lèvres. De proche en proche…

- FIN -

(1) voir l’épisode précédent
Merci bien évidemment à Hannah Arendt pour « le droit d’avoir des droits », et à Adelbert von Chamisso pour L'étrange histoire de Peter Schlemihl ou l’homme qui a vendu son ombre (1813).

Journal de la Rêvolution Déc. ‘17


  Au sommaire de ce mois-ci, une copieuse discussion autour de la devise de l’ULB « La Science vaincra les Ténèbres », discussion partie dans plusieurs directions, un peu désordonnée, initiée autour d’un café pris en terrasse au printemps dernier face à la belle église Notre-Dame de Laeken, et qui a tourné autour d’une autre devise célèbre, de Rabelais : « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Deux autres longues notes ajouterons un peu de piment à ce billet de clôture du Journal de la Rêvolution pour l’année 2017, dont un pamphlet reprenant le slogan « Halte à la croissance », un slogan qui a la vie dure et qui est promis à un bel avenir, je pense, sauf qu’il y a de fortes probabilités qu’il nous soit imposé par la force des choses à défaut d’être choisi par nous : c’est « l’économisme mortifère » qui n’arrête pas de susciter en moi cette « horreur » dénoncée par Vivianne Forester déjà en 1996. Je n’oublierai pas de lancer un appel à « l’eudémonisme universel » de la Rêvolution car sans cela, quel serait le sens de mon Journal ?
  Ce journal se poursuivra-t-il ? Je ne sais. Peut-être tant que La Rêvolution n’est pas accomplie. Peut-être pas.

  Dans tous les cas de figure, et à moins d’un billet de dernière minute sur le blog cette année, je vous donne rendez-vous « à l’année prochaine ».

*
« Ma patrie : je suis français en Allemagne et allemand en France, catholique chez les protestants, protestant chez les catholiques, philosophe chez les gens religieux et cagot chez les gens sans préjugés ; homme du monde chez les savants, et pédant dans le monde, jacobin chez les aristocrates, et chez les démocrates un noble, un homme de l’Ancien Régime, etc. Je ne suis nulle part de mise, je suis partout étranger – je voudrais trop étreindre, tout m’échappe. Je suis malheureux… Puisque ce soir la place n’est pas encore prise, permettez-moi d’aller me jeter la tête la première dans la rivière… »
- Adelbert von Chamisso, A Madame de Staël (1813)

« Plus d’un, comme moi sans doute, écrivent pour n’avoir plus de visage. Ne me demandez pas qui je suis et ne me dites pas de rester le même : c’est une morale d’état civil ; elle régit nos papiers. Qu’elle nous laisse libres quand il s’agit d’écrire. »
- Michel Foucault, L’Archéologie du savoir (1969)

« Le droit qu’a le souverain de punir les délits est donc fondé sur la nécessité de défendre contre les usurpations particulières le dépôt constitué pour le salut public. Et les peines sont d’autant plus justes que la sûreté est plus sacrée et inviolable, et plus grande la liberté que le souverain laisse à ses sujets. »
- Cesare Beccaria, Des délits et des peines (1764)

« Dans l’Age de Kali, on s’en prendra impitoyablement aux débonnaires et aux dociles et il y aura pléthore d’AK47. »
- Ian McDonald, « Vishnu au cirque de chats », in La petite déesse (2009)

Ep. 1-3 Le Surfer est au service de Galactus
Ep. 4-9 Le Surfer se révolte et combat Galactus, mais la Terre est condamnée
Ep. 10   Le Surfer découvre la question métaphysique
Ep. 11   Le Surfer découvre la question éthique
Ep. 12   Le Surfer découvre la question politique

Voir aussi plus bas, les liens pour découvrir La « véritable » histoire du Silver Surfer

*
  Selon Aristote, le vivant qui pense, l’homme, est le vivant en qui la vocation de la nature s’accomplit au mieux. Et donc, l’homme est « pleinement physis », de l’ordre de la nature. Par conséquent, « l’âme », ce qui anime, met en mouvement, est aussi pleinement de l’ordre de la physis. D’après Marche des animaux 5, 706 b10.

*
Eudémonisme universel
  Un ouvrage épuisé, à lire ou relire peut-être en cette époque de centenaire de la révolution russe d’octobre 1917, Les Soviets en Russie 1905-1921 d'Oskar Anweiler publié en 1958, traduit de l’allemand dans la « Bibliothèque des Histoires » chez Gallimard en 1972. L’auteur s’intéresse aux conseils révolutionnaires, les « soviets » qui donnèrent leur nom à l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques, laquelle n’avait plus de réellement « soviétique » que la référence à un mythe savamment entretenu par le Parti Communiste. Dans les faits, les bolcheviks avaient tout fait pour écraser ces tentatives de pouvoir démocratique (la révolte des marins anarchistes de Cronstadt en 1921 en représente l’ultime sursaut). Il serait intéressant d’étudier l’analyse des Soviets en Russie dans une optique comparative avec l’usage que fait Hannah Arendt des Conseils, dans lesquels elle voit une forme idéale de gouvernement démocratique. Mais ce « trésor perdu » des Révolutions (pour reprendre une expression arendtienne fameuse) n’est-il pas juste un mythe, celui de l'authentique forme de la Révolution, oubliée et reconstruite dans le Parti unique, à usage de propagande après la révolution russe ? En lien, la Préface et le 1er chapitre du livre. Ces moments de bonheur collectif, trouvé, perdu, oubliés, qui resurgissent de temps à autre dans la conscience politique, comme on l’a vu ces dernières années avec les mouvements Occupy, avec les Dégagistes, les Indignés, les Nuits Debout, ont-ils vraiment existé ? Les marins de Cronstadt en 1921 s’identifiaient comme porteurs de la « troisième révolution ». Quelles furent les deux premières ? On pensera immédiatement aux deux révolutions russes de 1917, celle de février qui débarrassa la Russie de l’autocratie tsariste et celle d’octobre qui renvoya du pouvoir les bourgeois affairistes de la république social-démocrate de Kerenski. La Troisième Révolution visait à débarrasser la Russie de l’appareil bolchevik et de la mise en place d’un état policier, d’une dictature du Parti unique. Cette révolution aurait eu alors le caractère messianique de la Rêvolution, celle de l’émancipation totale du peuple et de la victoire du conseillisme. Mais je pense également à une autre filiation : la Première Révolution, dans l’esprit des anarchistes de Cronstadt, aurait pût être celle de la Commune de Paris de 1871 ; la Deuxième Révolution, celle des communalistes agraires d’Emiliano Zapata au Mexique en 1910 ; la Troisième, la leur, aboutissement du projet Conseilliste des ouvriers, des marins, des paysans, des soldats, qui avait vu le jour en Russie dès 1905 et sa « Révolution manquée ». On sait ce qu’il en fut : toutes ces révolutions furent écrasées dans le sang.
  Une histoire globale des Révolutions émancipatrices existe-t-elle ? Car seules les Rêvolutions visant à l’eudémonisme universel, à l’antique aspiration socratique, aristotélicienne ou stoïcienne du bonheur comme but de la vie humaine, comme « vie bonne » présentent à l’évidence les caractéristiques d’une retrouvaille, d’une réconciliation possible du bonheur privé avec le bonheur public en ce début du XXIème siècle. Notre défi intellectuel consiste à renouer les fils distendus de la sagesse antique avec les humanistes de la Renaissance, avec les Lumières du XVIIIème siècle, avec les idéalistes du XIXème siècle, avec les utopistes d’aujourd’hui. Il s’agit de renouer tous ces fils du temps long de l’histoire de la pensée, i.e. de la culture, i.e. de la civilisation. Même si elles sont mortelles. Tous ces fils peuvent être renoués maladroitement, dans les mouvements in-situ, les espaces de parole, la poésie urbaine, mais s’ils ne s’agrègent pas d’abord dans votre pensée, dans la reconquête de votre espace intérieur, du dialogue entre vous et vous, dans le silence et la paix, ces belles idées n’auront pas d’effet. Elles resteront « lettre morte ». Commencez donc par éteindre votre smartphone et essayez de vivre sans messages, sans notifications, sans auto-surveillance, sans culte de la performance, sans relation narcissique au miroir numérique pendant 24 heures. Essayez. Vous n’y arriverez probablement pas si vous présentez simplement un comportement considéré comme « normal » aujourd’hui par la plupart des gens, même pas « accroc » (parce que la grande majorité des gens, des « digital natives » le sont de fait complètement, ce qui revient à dire que la came est la norme). Essayez donc, mais vous connaissez déjà la réponse. Pour reconquérir cette liberté intérieure, cet espace de pensée pleinement autonome, pleinement vécu avec vos pensées, vos intentions, vos rêves, il vous faudra prendre le temps de réfléchir à cette source directe de l’aliénation qu’est l’imposture digitale et de faire l’essai de vous débrancher. Vingt-quatre heures. Pour nourrir ce dialogue entre vous et vous, vous aurez probablement besoin d’autres médiateurs, ni abrutissants ni envahissants, beaucoup plus adaptés à votre rythme naturel, plus souples d’emploi, pas intrusifs, doux. Cela s’appelle des livres pour lire et des carnets pour écrire ou dessiner, griffonner. L’émancipation commence modestement par quelques lignes fragiles déposées avec un crayon sur du papier (depuis combien de temps n’avez-vous plus écrit à la main ?). L’émancipation commence modestement par quelques lignes lues, répétées, d’un auteur que vous aimez, d’un répertoire de chansons, de ce roman qui vous avait impressionné ado, (mais oui, relisez-le !), de ce livre prêté par un ami, de ce qu’un bon libraire pourrait vous conseiller (il y en a de moins en moins, alors profitez-en, déplacez-vous, achetez des livres auprès de vrais gens), ou encore : inscrivez-vous auprès de la bibliothèque publique de votre quartier, de votre ville. Allez-voir. Faites vivre les bibliothèques publiques, les libraires. Cela commence comme ça la Rêvolution, tout simplement, retrouvant des gestes oubliés, découvrant étonnés qu’une autre existence est possible pendant vingt-quatre heures, se surprenant à imaginer des choses à partir de mots imprimés sur du papier. Cela fonctionne aussi mais moins bien à partir de mots sur un écran. De toute façon, on a dit quoi ? Débranche-toi ! Alors, vas-y, débranche ! Unplug ! L’émancipation se poursuit dans des lieux de parole, des réunions associatives, des « actions ». A mes yeux, ce n’est pas une étape nécessaire, car si la liberté n’a pas été d’abord reconquise à l’intérieur de votre crâne vous risquez d’échanger une aliénation contre une autre. Les rassemblements de personnes profitent toujours aux grandes gueules ou à ceux qui sont investis d’un pouvoir par les autres ; ce qui s’y joue n’est pas la liberté de conscience, qui est je le répète, individuelle (c’est mon côté protestant qui se révèle), mais le pouvoir d’influence et le jeu politique à l’état brut qui n’est rien d’autre que rapports de force. Méfiez-vous des associations, des clubs, des partis ! Il y aura toujours quelqu’un de plus fort que vous. Empêchez-le de devenir leader, prince naturel, chef ! Inventez la démocratie et le contrôle réciproque des pouvoirs. Le « pouvoir » est la chose au monde la mieux partagée dans l’espèce humaine, chacun en est doté dès la naissance, c’est notre capacité à inventer. Refusez qu’elle soit accaparée par l’Un ou par une oligarchie, nomenklatura ou secte. Le paradoxe de la révolution : pour accoucher du changement, il faut modifier les rapports de force existant, ce qui suppose un emploi d’une puissance légitime et qui ne va pas sans mal, (Arendt disait qu’il ne faut pas confondre la puissance – légitime, avec la violence, illégitime. Elle rappelait aussi que Marx s’était trompé en disant que la violence seule accouchait des transformations sociales ; peut-être pas dans les faits de l’histoire, lesquels dans leur immense généralité confirment la thèse de Marx, mais dans leur principe). C’est pour l’ensemble de ces motifs que le concept de Révolution, trop souvent associé à la violence, devrait être abandonné pour celui de Rêvolution, ce qui revient à en réinvestir la signification émancipatrice.
  Je suppose que quelqu’un finira bien par l’écrire cette histoire globale des Rêvolutions. Et que tous les autres auront envie de faire la Rêvolution. D’ici là, lisez déjà le billet suivant pour avoir de bonnes raisons de vous mettre en colère. Cela aide aussi la colère, à provoquer des Révolutions, pas toujours des rêves, souvent des cauchemars. Il faudra dompter la violence imaginaire, canaliser les énergies, modifier les rapports de force, redécouvrir le sens de l’action collective dans la lutte des classes et la redistribution des richesses – car la taille du gâteau à partager n’augmente pas à l’infini. C’est l’objet du billet suivant.

*
Economisme mortifère
  La théorie de l’Equilibre Général de Léon Walras (1874) est ce qui se rapproche le plus en économie d’un idéal scientifique (formalisation, mathématiques, abstraction, universalité). Walras a eu le mérite de concevoir un tel modèle ; il est regrettable par contre que les économistes qui revendiquent son héritage aient confondu l’économie politique – qui est une science humaine ou sociale, voire une branche de la philosophie politique, avec une science exacte. Il serait bon qu’ils se souviennent qu’un autre économiste, fondateur avec le français Walras et l’autrichien Carl Menger, de l’économie « néoclassique », celle de la théorie marginale de la valeur, l’anglais Stanley Jevons, fut le premier, un siècle avant le rapport Meadows (première édition en 1972, revisité en 2012), à dénoncer dans un rapport passé aux oubliettes de l’histoire (The Coal Question en 1865), l’épuisement des ressources naturelles, en l’occurrence du charbon, et à plaider pour une politique économique qui ne succombe pas au mirage d’une croissance indéfinie. Une formulation du principe connu aussi comme « le paradoxe de Jevons », consiste à dire que le progrès technique qui augmente l’utilisation efficiente d’une ressource (i.e. qui conduit à la réduction de la quantité nécessaire de cette ressource utilisée pour une production constante), conduit en fait à augmenter la consommation de la ressource (et la production) du fait d’une demande accrue (on parlera d’une demande élastique). Ce qui avait été observé avec le charbon, s’est vérifié avec le pétrole dans le domaine énergétique ; ce qui avait été annoncé comme la réduction du temps de travail résultant des gains de productivité consécutifs à l’informatique ou à l’automatisation, produit le même effet : plus c’est efficace, plus on l’utilise, plus de nouveaux secteurs d’activité passent à l’essorage de la nouvelle technologie et dans le cas de l’informatique, les data centers sont devenus les usines de cette frontière de l’efficience énergétique, vérifiant à leur tour la loi de Jevons et propulsant de fait la nouvelle (encore une énième nouvelle) économie du big data au sommet de la pyramide compétitive (et la réduction généralisée du temps de travail n’est plus à l’ordre du jour). Quand on peut faire plus avec moins, il n’y a aucune raison logique de faire moins, on continue à faire plus encore. Dit autrement, ce paradoxe apparent s’explique par le raisonnement circulaire des économistes classiques pour lesquels la seule finalité à l’activité humaine (travail, production, valorisation) est la croissance (à travers l’innovation technique, l’offre et l’élasticité de la demande). Croissance de déchets, de pollution, d’aliénation, de dévastation de la diversité, de mort. La croissance des externalités négatives est bien plus rapide que celle des bénéfices de la croissance des biens et services – et ne peut plus être ignorée, ou passée du secteur privé au secteur public pour qu’il se débrouille avec, ou compensée par une taxation et l’intervention de normes régulatrices. Une réflexion et une décision politique sur la sortie du modèle productiviste est une question vitale pour l’avenir de la biosphère, en ce y compris, accessoirement, la survie d’Homo Sapiens en tant qu’espèce qui aura atteint les limites de ses capacités d’adaptation. Oui, je suis malthusien (L’Essai sur le principe de population date de 1796), et darwinien (Charles Darwin avait logiquement articulé le principe d’un équilibre entre ressources et population comme étant le « moteur » de la théorie de la sélection naturelle des espèces, et de leur évolution) car la cause et la conséquence de la Croissance érigée en dogme économique repose sur l’augmentation spectaculaire du nombre des hommes vivant sur cette planète.
  Alors, oui, comme le titre du Rapport Meadows l’indiquait, répétons haut et fort 

HALTE A LA CROISSANCE


  Peut-on imaginer un autre type de développement ? La littérature des économistes alternatifs, ou je préfère dire « hétérodoxes », est riche, transversale et je citerai à titre d’exemple Christian Arnsperger dont la réflexion qui brasse l’épistémologie de l’économie, l’anthropologie ou la transition écologique mérite le détour. Christian Arnsperger a été professeur à Louvain et maintenant il enseigne à Lausanne.
  A lire (ici) en rappel avec le message de Meadows et du Club de Rome :
World Scientists’ Warning to Humanity: A Second Notice | BioScience | Oxford Academic
  La presse en a parlé, ils sont plus de 15000 scientifiques du monde entier à avoir co-signé ce manifeste… Ceux qui n’en ont cure, continueront à prendre tous ces avertissements à la légère ou à prétendre que tous les scientifiques ont été « achetés ». A partir d’un point de non-retour, le dialogue n’est plus possible avec les sectaires, négationnistes et autres fanatiques déguisés en libre-penseur. Jürgen Habermas défend une théorie tout à fait respectable lorsqu’il dit que « l’échange d’arguments entre membres d’une société est au fondement de la liberté ». Il représente le type de l’intellectuel civilisé qui cherche à comprendre et à transformer la société dans le sens d’une démocratie plus assurée ; ayant passé son enfance et son adolescence sous le régime nazi, ayant traversé la guerre et ses destructions, il a compris tout ce qu’il fallait raffermir sur le plan intellectuel d’une manière non dogmatique, collaborative, unissant les efforts de la sociologie et de la théorie politique, de la philosophie analytique et de l’éthique, pour éviter de retomber dans l’arbitraire et la violence, pour transformer la société vers plus de solidarité et plus de démocratie. Il participe de l’élan généreux qui réunit les pères fondateurs de la Communauté Européenne cherchant à construire de nouvelles institutions communes. Pourtant, hélas, pour une personnalité comme celle de Jürgen Habermas animée de bons sentiments, combien de démagogues, d’intellectuels aux ordres, de publicistes médiocres, d’arrivistes du petit écran, qui finissent par détourner, corrompre, détruire le sens de la « communication », de l’échange raisonné d’arguments, du simple respect de l’interlocuteur ? Quand est-ce que ces pratiques médiatiques et politiques ont elles commencé à déraper ? A n’en pas douter, elles sont contemporaines de l’arrivée d’une nouvelle idéologie, celle du profit personnel à tout prix, du culte du Moi, du nivellement de la culture par le bas pour faire de l’audience, tous phénomènes consécutifs à la vague néo-libérale qui déferle partout dans les sociétés occidentales et ensuite dans le reste du monde à partir du tournant des années 1980. Lorsque la réussite individuelle est identifiée à la richesse matérielle, à l’ostentation, au scandale, « au mépris de la culture et à la culture du mépris » (je dois cette remarquable expression à mon épouse Martine Cornil), la « communication » chère à Habermas se transforme en une parodie et il n’y a plus qu’entre gens de bonne compagnie, académiques, politiques modérés, journalistes consensuels, qu’on fait semblant d’y croire encore, car quoi ? Quel est l’autre terme de l’alternative ? Lorsque l’échange d’arguments est juste une façade pour la mauvaise foi et le cynisme de la partie adverse (généralement celle qui détient le pouvoir ou qui en constitue un soutien objectif) et que cette partie exerce de fait, par son activité ou par sa passivité, par ses désirs de puissance et par son attitude de laisser-aller, laisser-faire, une pression intolérable sur la sécurité de l’autre partie, la réponse politique est que ce n’est plus le dialogue mais le fusil qui est au fondement de la liberté. Pour avoir trop voulu devenir des anges, les hommes redeviennent des bêtes. Il est temps de faire éclater le consensus général. Et, après tout, n’était-ce pas la devise de l’empire romain ? « Etre armé, c’est être libre » ? Nullement, c’est le slogan des Armuriers d’Isher, seule force d’opposition d’une société futuriste décadente qui vire vers le fascisme – titre d’un roman de science-fiction d’A.E. Van Vogt des années 1940 et, c’est aussi une application du Second Amendement de la Constitution des Etats-Unis (le Bill of Rights) adopté le 15 déc. 1791, qui dit :
“A well regulated Militia, being necessary to the security of a free State, the right of the people to keep and bear Arms, shall not be infringed.”
« Une milice bien organisée étant nécessaire à la sécurité d'un État libre, il ne pourra être porté atteinte au droit du peuple de détenir et de porter des armes. »
  Que faire aujourd’hui alors que c’est la sécurité de la planète, du monde commun, qui est menacée et que cela fait plus de quarante ans que des lanceurs d’alerte essaient de se faire entendre, en vain ? N’est-ce pas donner raison aux partisans de La Rêvolution que d’exiger le changement absolu, là, tout de suite ? Et donc, chers amis, si l’acte insurrectionnel le plus radical, et le plus démocratique, ne résidait pas justement dans une « non-collaboration » massive avec « l’ennemi » ? Résistance passive, désobéissance civile, grève générale, toutes ces formes de recours publics légitimes à des injustices légales que nous devons à Thoreau, Arendt, Habermas, Rawls, Gandhi et les mouvements ouvriers, sont justes, même si illégales, car l’atteinte aux droits humains est la plus grande injustice et « les droits de la biosphère » bafoués, droits qui sont une extension des droits fondamentaux de l’humanité à vivre sur une planète propre et diversifiée, représentent aujourd’hui le lieu des plus graves préjudices. Les livres et les mots sont aussi des armes, il est temps de s’en rappeler et de les utiliser. Autrement, un jour, lorsque les mots auront été vidés de leur substance par une marchandisation qui s’attaquera jusqu’aux fondements du langage et de la pensée (que nous pouvons déjà observer autour de nous), alors là, il ne restera plus en effet que les fusils pour parler.

  Revenons à l’écologie, son discours et à ses nombreux ennemis.


  Cette « histoire alternative de l’émancipation », sous-titre de La société écologique et ses ennemis de Serge Audier, philosophe et maître de conférences à La Sorbonne, qui vient de paraître aux éditions La Découverte, promet d’être une des grandes références du renouveau de l’écologie politique pour les prochaines années. Je suis en effet très impressionné par la richesse des analyses, la diversité des recoupements, le foisonnement des détails, de cette énorme généalogie intellectuelle de la société écologique dont je gratte seulement la surface (le livre fait 740 pages), car il s’agit bien d’une découverte inopinée, ce livre ayant attiré mon attention au rayon des nouveautés de la bibliothèque publique de Laeken. L’ouvrage se présente comme travail d’érudition, d’histoire des idées, un livre sérieux, pas un pamphlet. Pourtant, tout comme Marx écrivant Le Capital n’en poursuivait pas moins son objectif d’émancipation sociale à la suite des déclarations du Manifeste, ce livre poursuit bien un objectif politique, effleuré dans les pages d’introduction, celui d’une nouvelle alliance de la gauche autour d’un programme antiproductiviste, opérant un retour aux sources des critiques de l’industrialisme fait avant Marx et après Marx. Retour à minima, car il s’agit en priorité de comprendre les impasses historiques de la gauche traditionnelle, son oubli ou son indifférence des questions liées à la « nature », source d’un profond désaccord sur la nécessité de lutter contre le capitalisme au nom des valeurs écologiques (englobant les valeurs sociales et non pas opposées à elles) et source de non moindres aveuglements ou naïvetés sur le progrès technique (de nombreux partisans actuels de l’idéologie transhumaniste ou « accélérationniste » sont sincèrement convaincus de porter des valeurs de « gauche » - on connait le rôle des « idiots utiles » dans l’histoire des totalitarismes, puisqu’il ne fait aucun doute (pour moi) que cette idéologie transhumaniste n’est rien de moins que le visage du futur nazisme du XXIème siècle, un nazisme infiniment plus radical que celui porté par l’Allemagne entre 1933 et 1945 car sa cible exterminatrice sera le genre humain dans sa totalité - j’ai déjà eu l’occasion de m’exprimer là-dessus dans d’autres billets du « Journal de la Rêvolution »). Il y a en effet deux catégories d’ « ennemis » identifiés par Serge Audier : ceux qui se revendiquant du libéralisme pur et dur (néo si l’on veut) considèrent que la nature est une source de profits comme une autre, y compris dans une version masquée, acceptable par les bobos naïfs ou les adeptes de « l’humain », celle d’une « mise en valeur » au nom d’un discours de pure façade sur la « transition » (l’objectif restant le profit, et le capitalisme comme horizon indépassable de gouvernance des hommes – ah ! toute cette propagande infecte des entreprises capitalistes les plus arrogantes sur leur « responsabilité sociale » et leur « verdurisation ») ; l’autre étant justement constituée par les socialistes, communistes ou partisans d’extrême-gauche qui considèrent que l’émancipation passe par la production (devenue propriété collective, si l’on veut) mais qui n’en reste pas moins accrochée au mythe de la Croissance, seule garantie objective de l’émancipation des masses par la redistribution (presqu’égale- n’oublions pas ceux qui sont « un peu plus égaux que les autres ») des parts d’un gâteau qui n’arrête pas d’augmenter (jusqu’à l’infini et au-delà bien entendu, abstraction faite des fondamentaux physiques et des ressources limitées etc…). Qu’avons-nous écrit plus haut ? « Halte à la croissance » ! Il s’agira donc de penser la décroissance, de replacer cette idée dans le temps long de l’histoire et de démontrer en quoi la gauche a loupé ses rendez-vous avec l’écologie et demeure d’une stupidité bornée par son cerveau fossile à séparer l’écologique du social et de l’économique. Non, l’écologie n’est pas un vernis ou une autre dimension du problème économique fondamental, gage de bonne conscience devant les misères environnementales, c’est le cœur de la pensée et de l’action politique du XXIème siècle, dont l’économie et tous les aspects de l’organisation sociale découlent. J’ai écrit dans un autre billet que l’économie qui est toujours à la recherche de critères de scientificité atteindra peut-être cette ambition lorsqu’elle accouchera de modèles éco-systématiques à boucles de rétroaction, ce qui veut dire qu’elle aura pleinement intégré le coût des externalités, y compris celles qui vont dériver des changements climatiques, y compris dans ses scénarios extrêmes et non pas seulement médians (calcul total du risque). Ah oui, « la facture à la pompe » du consommateur, le jour où il devra payer le « coût total » de ses cent kilomètres en 4x4 (ou de son kilo de steak argentin) ! Un mois de salaire (de cadre inférieur d’une entreprise capitaliste contemporaine) n’y suffira plus. Ou le coût des primes d’assurances… ou celui du prix des options utilisées sur les marchés financiers pour « parier » sur l’évolution des cours d’actifs etc etc etc… Que font les professeurs de la Solvay Business School ou des autres écoles de commerce ? Lancent-ils des programmes de recherche aussi radicaux ? Envisagent-ils le dépassement du capitalisme comme une réelle hypothèse de travail ? Je voudrais qu’ils commencent par lire le livre de Serge Audier et qu’ils méditent aussi les leçons de l’histoire, sur les effondrements de civilisation.
  Cet ouvrage d’excellente facture universitaire aura donc je l’espère, le mérite de provoquer débat chez les socialistes ou les libéraux qui considèrent que l’environnement est certes important, mais périphérique par rapport aux vraies questions économiques ou sociales, alors que l’environnement ou l’écologie est au contraire, au cœur de tout notre système de production et de valeur. La Rêvolution sera forcément écologique (et démocratique) ou ne sera pas.

*
Sciencia vincere Tenebras
  Cette devise bien connue de mon Alma Mater, l’Université Libre de Bruxelles, fondée en 1834 par des intellectuels libéraux, francs-maçons, première université privée du jeune état de Belgique, est une fort belle et noble devise que je souhaite plus que jamais défendre en ces temps de montée des obscurantismes. Mais quel sens peut avoir cette devise, ce combat pour aujourd’hui ? Science contre Religions ? Défense de la laïcité, du libre-examen ? Pour comprendre ce que la devise recouvre, il nous faut examiner le principe sur lequel l’université a été fondée, le principe du libre-examen :
« L'article premier des statuts de notre Université proclame que son enseignement a pour principe le libre examen. Celui-ci postule, en toute matière, le rejet de l'argument d'autorité et l'indépendance de jugement.
"Le libre examen qui est à la base de la méthode scientifique, est aussi un principe auquel on souscrit par engagement... Le libre exaministe s'engage donc à mettre ses paroles et ses actes en accord avec ce qu'il tient pour vrai. Sa vérité, il a le courage de la dire et de la défendre." »
  Souscrire sans réserve au principe de libre-examen ne va toutefois pas de soi, loin s’en faut. L’indépendance de jugement en énonce la quintessence, or il n’est rien de plus difficile à définir que cette faculté, une des plus nobles de l’esprit humain. Il nous faudra appliquer l’exigence libre exaministe à la question du libre examen lui-même.
  Que dit la science de la faculté de juger ? Les neuropsychologues situent le jugement et la pensée abstraite dans les lobes frontaux du néocortex. Il s’agit de la partie du cerveau qui s’est le plus développée avec Homo sapiens. C’est une zone du cerveau dite « associative » ou « secondaire » dans la mesure où elle n’est pas directement connectée avec l’appareil sensitif ou moteur du corps (nos organes des sens et nos organes effecteurs ou moteurs), mais est le siège d’interconnexions avec les parties primaires et siège de nombreuses interconnexions au sein des lobes frontaux eux-mêmes. Les psychologues cognitifs décrivent le « traitement de l’information » dans ces régions comme associant des perceptions, des « intentions », des « actes en puissance » avec toutes les représentations d’objets concrets ou abstraits, dans des buts de pensée pure, de créativité ou d’intuition, de décisions. Il s’agirait donc bien du centre avancé, sur le plan neuronal, de notre « personnalité ». Notez que je mets beaucoup de guillemets autour de tous ces termes qui ne sont que faussement évidents. Hélas, nous savons toutefois combien « Sapiens » est loin d’être sage et comme animal appartenant au genre Homo, ce serait bien plutôt son côté « Demens » qui a pris le dessus au cours de l’histoire. Admettant toutefois que la neuropsychologie dise « le fait » des lobes frontaux, cela n’implique pas nécessairement pour nous qu’il faille considérer cette faculté comme une « preuve » de la supériorité d’Homo Sapiens sur d’autres espèces moins bien pourvues. Après tout, notre  introspection nous apprend que nous disposons d’une faculté ou capacité de connaissance, capable d’énoncer des faits objectifs à travers des propositions dont on peut démontrer la cohérence, que le jugement est proche de la logique. Une autre interprétation du jugement, qui n’est pas contraire avec la précédente, revient à dire que nous disposons aussi d’une capacité de poser des actes judiciaires et que (grâce à la vérité interne des contenus de la logique propositionnelle) nos décisions sont donc « justes ». Le jugement serait donc une faculté qui par l’évaluation purement interne d’une situation nous proposerait les décisions à prendre qui soient les plus appropriées à celles-ci. Dans quel sens, les plus appropriées ? Si l’on s’en tient à une interprétation, disons « naturaliste », on pourra dire que le jugement est cette capacité adaptative dont nous avons toujours fait preuve, qu’il n’est en fait  qu’un autre nom pour l’intelligence de l’espèce, au sens large du terme.
  Dans l’extrait cité plus haut du discours officiel de l’Université sur le principe du libre-examen, il est dit en fait deux choses : « rejet de l’argument d’autorité » d’une part et « indépendance du jugement » d’autre part. J’aimerais aborder la question du jugement par un autre angle, celui du critère de « scientificité » et c’est là que les choses se compliquent, car je vais y introduire la question du choix éthique et de la morale, qui n’est rien d’autre qu’une connaissance (objective) du bien et du mal.
  La science se mélange de plus en plus souvent à la pseudoscience et provoque d’inquiétantes dérives. Vous connaissez l’adage concernant la monnaie, bonne et mauvaise ? Quand de la mauvaise monnaie est en circulation, elle finit par chasser la bonne. On peut généraliser ce principe à toute l’approche qualité. Quand quelque chose de bien commence à déconner – et qu’on laisse faire – tout finit par cavaler. Idem pour la science.
  Je me posais cette question à l’occasion d’une conversation à propos de l’adage selon lequel « science sans conscience n’est que ruine de l’âme » (Rabelais, sur l’éducation de Gargantua, où il parle aussi de « l’esprit sain dans un corps sain »). J’affirmai, de façon un peu provocatrice, que « science sans conscience n’est pas (forcément) ruine de l’âme », à quoi il me fut répondu, à juste titre : « et que faites-vous de Mengele ? » Avant d’expliquer en quoi consistait mon présupposé, il me fallait d’abord évacuer ce point Godwin très gênant et légitime qui venait d’apparaître dans la discussion.
  Je m’interrogeai alors pour savoir si le Dr. Mengele de sinistre mémoire était un « savant » digne de ce nom ? Question effroyable. Peut-on dans son cas, séparer l’abjection (la torture d’êtres humains) de la poursuite d’un objectif « scientifique » ? Dans sa tête (de sadique nazi), la réponse n’en faisait qu’une – il n’y avait pas de séparation morale car l’impératif de la « science nazie » imposait logiquement la poursuite des fins par tous les moyens possibles. La doctrine avait priorité et de celle-ci dérivait comme on le sait un nouvel impératif catégorique : le devoir de tuer d’autres êtres humains (i.e. qui n’étaient bien entendu plus des humains en tant que tels mais choses taillables et corvéables à merci). La question sur le statut de scientificité des travaux de Mengele doit être posée, non pas du point de vue de la morale (je veux dire par là, pas d’une « morale » dévoyée ou d’une loi de relativisation générale des valeurs mais de notre morale d’inspiration judéo-chrétienne qui considère le meurtre comme quelque chose de mal – et dans ce cas il est évident que la réponse est : « non, ce que fait Mengele n’est pas acceptable et ne peut donc pas être recevable du point de vue scientifique »), mais du point de vue de la science elle-même : qu’est-ce qui est recherché dans ces travaux-là, qui se justifient d’une autre loi morale pour pratiquer des choses abominables ? Les hypothèses avancées sont-elles « intéressantes » ? Feraient-elles progresser les connaissances si elles étaient mises à l’épreuve ?
  Sans être un spécialiste de la « science nazie » historique, j’avancerais que la réponse à cette question est une fois de plus : « non », pour la simple raison qu’on ne peut accoler l’épithète de « nazi » à l’idée pure de science. Sitôt que la recherche des vérités premières se fait au nom d’une doctrine, d’une idéologie, d’une religion (même très affadie), bref, lorsque la science devient « allemande », ou « française » dans le sens d’une qualité intrinsèque qui distinguerait la première de la seconde, ou qu’elle devient science « marxiste-léniniste », « soviétique », « nazie » ou « libérale », la science n’est déjà plus de la science objective depuis longtemps, elle devient simplement instrumentale pour un pouvoir quelconque qui y trouve une source de légitimité. La science, et les techniques qui s’en nourrissent ou qui l’enrichissent, constitue sans aucun doute, de toutes les pratiques inventées par les humains depuis la nuit des temps, la seule praxis qui soit légitimement universelle et vraie dans ses énoncés validés, en tous lieux et pour toutes les époques, c’est-à-dire qu’elle reste toujours indépendante des conditions mondaines de sa production, de sa réception, de ses objectifs politiques plus ou moins avouables. La physique est universelle. Qui oserait le nier ? Mais en est-il de même des sciences dites « humaines », sans doute plus relativistes ? Pour moi, « oui », pour autant que l’on soit attentif aux critères internes du discours « purement » scientifique. Quelle est donc cette essence universelle, incontestable, cette qualité qui rende la science pure incomparablement digne de respect par tous ? Ce n’est rien de bien mystérieux ni de métaphysique. Ses principes furent énoncés par Karl Popper. Elle réside dans quelques idées simples : pour la personne du savant d’abord : honnêteté intellectuelle et sens aigu de ce qui est juste et de ce qui ne l’est pas ; pour la praxis ensuite : respect des procédures et des méthodes conduisant à la réplication des résultats, transparence totale sur les données, discussion des objections et désir collectif de dépasser à chaque fois si c’est possible des résultats considérés comme transitoires, imparfaits. La science, si on m’autorise cette comparaison hardie, tient quelque peu d’un sacerdoce dévoué au savoir objectif d’une communauté d’individus débarrassé de leur ego, de moines en quelque sorte. Image idéalisée bien entendu, mais de quel idéal ces moines seraient-ils porteurs ? Celui d’une connaissance pure ou d’une connaissance appliquée pour le bien des humains, i.e. d’une conception morale du progrès. N’est-ce pas l’idéologie même de la « science libérale », celle née avec la révolution intellectuelle de l’âge moderne ? N’est-ce pas soutenir par le détour de la raison, la primauté d’une supériorité morale de l’Europe sur le reste du monde que d’avancer cette idée d’une « science née en Europe » ? N’est-ce pas donner raison aux impérialistes anglais, par exemple, qui s’appuyaient sur ce discours pour se lancer à la conquête des marchés du monde entier, avec la vapeur et l’acier, avec la supériorité non plus seulement morale, mais intellectuelle ou naturelle, de l’homme blanc ? N’est-ce pas curieusement revenir à l’idée inacceptable d’inégalité des races et de « science nazie » ?
  Comme on le voit, ainsi posée, la question initiale sur la pureté de la science recèle quelques chausse-trappes. J’essayais toutefois de répondre à la question sur la « science » de Mengele, mais plus profondément, sur le fait de considérer ce sinistre individu comme un savant, ou pas. Oublions le sadisme du personnage, faisons une expérience mentale : imaginons ce Dr. Mengele persuadé de la supériorité de la race aryenne et qui cherche à le prouver. Supposons-lui un reste de conscience morale ou simplement le fait que les nazis ne sont pas au pouvoir et que la société reste telle que nous la connaissons et n’accepte pas le genre de pratiques mises en œuvre par les nazis dans les camps de concentration. Si Mengele mène des observations ou des expériences (éthiquement acceptables) pour tenter de vérifier les hypothèses sur l’inégalité de nature des races humaines et qu’il en publie les résultats, les fasse vérifier par d’autres chercheurs, accepte d’en discuter les conclusions, même si elles sont défavorables à son hypothèse, alors il ne fait aucun doute que nul ne mettra en cause la qualité de scientifique honnête et scrupuleux de sa personne. Si, par contre, taraudé par son hypothèse et cherchant à plus ou moins gros traits à en assurer une primauté sur d’autres théories concurrentes (qui affirmeraient l’unité du genre humain), Mengele en venait à trafiquer ses résultats, à en cacher certaines données, à prendre des libertés avec les protocoles d’observation ou de mesure, alors il ne ferait non plus aucun doute que Mengele serait accusé de tricher et de produire de la pseudoscience (au cas où la fraude serait bien entendu avérée). Dans notre esprit, la limite entre le jugement sur Mengele : est-il toujours un scientifique ou bien ne l’est-il plus ? serait franchie à hauteur de ses prétentions à falsifier les faits et à détenir « la » vérité sur sa question. C’est le seul critère dont il faut tenir compte. Même si, dans son for intérieur, Mengele serait (dans le cadre de cette expérience mentale) un sadique qui rêve d’expériences de vivisection ou d’hybridations monstrueuses sur des humains « de rang inférieur » et qu’il ne les commet pas (et dont nous ne saurions jamais rien), il n’en resterait pas moins un honnête scientifique s’il accepte les résultats de ses travaux qui contrediraient ses hypothèses de départ (ou qu’il accepte les travaux d’autres collègues qui réfutent les siens) et il n’en resterait pas moins un scientifique malhonnête dans le cas contraire. Dans aucune de ces deux situations hypothétiques, la conscience morale de l’individu Mengele ne joue un rôle dans notre évaluation.
  Dans le monde que nous connaissons, il est bien évident que la question concernant le statut « scientifique » possible des travaux de Mengele ne se pose même pas. Ce personnage représente le modèle de « la science sans conscience » et fait l’objet d’une réprobation universelle.
  Je pensais néanmoins avoir suffisamment expliqué le malentendu autour de l’interprétation de la devise de Rabelais, car Mengele tout comme Lyssenko (du nom de ce généticien falsificateur sous Staline), faisaient passer pour de la « science » des « expériences » qui n'avaient pour but que de justifier des hypothèses délirantes, criminelles (Mengele) ou purement politiques (Lyssenko). Chez ces individus il n'y avait pas de morale, mais il n'y avait pas non plus de science. C'est cela que je voulais signifier en disant à-contrario que la science (pas la pseudoscience) n'est pas « ruine de l'âme » (avec ou sans conscience). C'est un faux débat dans lequel on se plait à répéter des formules creuses - qui avaient sans doute un sens à l'époque de Rabelais, mais celui-ci combattait les scolastiques tandis que les combats intellectuels d’aujourd’hui se font à mon sens contre toutes les formes (et elles sont nombreuses et innovantes) d’impostures (les « pseudosciences », tout comme « l’orthodoxie » de la pensée dominante, dite très justement « unique », notamment en matière d’économie).
  Je crois que la question qui m’était posée prenait l’exemple de Mengele comme cas-limite, finalement sans grande matière à débat, car ni moi, ni personne qui soit sain d’esprit, n’irait défendre la pratique nazie au nom de la validité universelle des protocoles expérimentaux. Mais la véritable question me semble-t-il, à laquelle je n’ai pas de réponse, et qui rejoint la réflexion sur les conditions du libre-examen, est celle du contrôle éthique de la recherche scientifique. Prenons deux autres exemples : les physiciens qui mirent l’atome en équation et calculèrent la libération d’énergie résultant de la fission du noyau d’uranium, et ce avant la guerre, sont-ils responsables du développement des armes nucléaires ? La réponse est « non » sans équivoque. Autre cas, les généticiens du consortium public ou de la firme privée de Craig Venter qui séquencèrent l’ADN humain peu avant l’an 2000 seront-ils tenus pour responsables d’un possible eugénisme à la « meilleur des mondes » ? Là aussi, la réponse est « non » sans équivoque. Pourtant, nous sentons bien que la question doit être posée en amont : accepterions-nous de limiter la recherche théorique fondamentale au nom des mauvais usages sociaux qui pourraient un jour résulter de son application ? Si nous acceptons de répondre « oui » à cette question du contrôle préalable, et donc si nous pensons que la pratique de la science (il s’agit bien de la recherche fondamentale) devrait être normée, normalisée par des codes éthiques (« une science avec une conscience »), je crois que nous prenons un risque très important, celui de réintroduire le credo d’une morale ou d’une religion (fut-elle celle purement laïque de l’Etat et du bien public) et de borner les limites de la connaissance, voire, dans le pire des cas, de réintroduire des tribunaux d’inquisition qui décréteront que décidemment la Terre ne tourne pas autour du Soleil, voire que la Terre est plate car c’est l’expérience vécue des gens. « Science avec conscience » pourrait vite devenir synonyme de nouvel obscurantisme. Si nous « laissons faire » la recherche, sans encadrement, en toute liberté, (admettant à juste titre qu’une interdiction dans un pays ou une juridiction donnée n’empêchera pas d’autres pays, ou des organisations criminelles, d’attirer vers elle les plus intéressés et les moins scrupuleux des « cerveaux »), nous prenons également le risque de voir des innovations échapper à tout contrôle. La question va se poser avec une extrême gravité en ce qui concerne le développement d’une intelligence artificielle dite « forte ». Entre les deux positions, il existe des évaluations nuancées, les dispositions légales qui ont évolué entre 2004 et 2013 sur la recherche des embryons et des cellules souches embryonnaires en constituent un bon exemple (entre l’interdiction totale jusqu’à l’autorisation encadrée sous conditions, notamment celle de ne pas effectuer des recherches ayant une finalité commerciale). Car le danger de la science aujourd’hui est sans doute là, « une science sans conscience » serait celle qui considère son but, sa raison d’être comme purement utilitariste, et donc monnayable, alors que le paradigme de la « science avec conscience » serait celui d’une recherche désintéressée, ou pour le dire autrement, uniquement préoccupée du progrès des connaissances. Le modèle du savant « entrepreneur » contre celui du savant « moine ». Avouons que nous n’en aurons pas fini si vite avec cette problématique.
  Autre chose, mais qui a partie liée avec tout ce qui précède, à propos de l'avantage comparatif des comportements coopératifs sur les comportements compétitifs. Amis libéraux, cultivez la coopération comme mécanisme de la « main invisible » plutôt que la concurrence même si au final, c’est la même chose. Apprenez donc à partager et à remettre en question (scientifiquement) le droit à la propriété individuelle lorsqu’il devient un danger pour le droit à la propriété commune. L’air, l’eau, le soleil, la biodiversité, Gaïa, ne sont pas négociables ou contractualisables, ce qui ne signifie pas qu’on ne peut rien en faire d’intéressant. Je rejette fermement les thèses des gauchistes radicaux lorsqu’ils rejettent l’idée de marché, ce qui n’est jamais qu’un concept pour analyser la complexité des interactions humaines ; j’exige par contre des libéraux qu’ils mettent au cœur de leurs modèles le coût total de toutes les externalités corrélées avec leur régime de propriété, privée ou publique, i.e. qu’ils étendent le concept de marché dans sa dimension écologique.
  Toute cette discussion avait débuté par un commentaire concernant les Actes d'un colloque organisé en 2013 par l'Université Libre de Bruxelles et l'Académie Royale des Sciences de Belgique à l'occasion du centenaire de la mort d'Alfred Russel Wallace, l'anthropologue concurrent de Charles Darwin. À la question « L'homme est-il un animal comme les autres? », le premier répondait fermement « non! », le second, tout aussi fermement répondait « oui! ». L'histoire de cette controverse est passionnante, en ceci qu'elle nous confronte aux résistances vivaces pour comprendre une théorie intégralement matérialiste de l'évolution des espèces humaines (homo sapiens est une branche parmi d'autres dans un processus étalé sur des millions d'années). Connue également sous le nom de « l'exceptionnalisme », cette théorie qui maintient le dualisme de la matière et de l'esprit pour expliquer en quoi l'homme n'est décidément pas un animal comme les autres, prétend que l'évolution des espèces à un but : la création de l'homme, autrement dit-elle, comment expliquer l'art, la science, la morale etc.? C'est qu'il y a un « dessein intelligent » à l'œuvre dans la Nature. Cette théorie qui essaye maladroitement de concilier la science (jusqu'à un certain point) et la croyance en un Pouvoir transcendant continue à séduire et on peut comprendre pourquoi: elle essaye de donner un sens, une finalité, à l'évolution. Cette raison par les causes finales, comme disait Aristote, est le dernier rempart du spiritualisme contre le matérialisme intégral qui tourne le dos aux grands récits et semble n'offrir aucune consolation aux consciences asséchées par la nudité des faits scientifiques. 

— at Church of Our Lady of Laeken

*
La « véritable » histoire du Surfer d’Argent
Sur wikipedia en français

Sur le wiki des Marvel Comics, site officiel

La bibliographie du personnage


Les lamentations du Surfer exilé sur Terre, les souvenirs de sa vie heureuse sur sa planète d’origine (Zenn-La), avant sa rencontre avec Galactus qui allait le transformer à tout jamais. Le Surfer d’Argent, ou l’introduction de la mélancolie dans l’univers des superhéros.
*
  Et nous terminons cette revue des événements mémorables ou minuscules du mois, par un écho de la cruelle vie littéraire il y a soixante ans, rappelés à notre bon souvenir par l’Agenda 2017 de La Pléiade.
Décembre 1957 : « Céline à Nimier, le 2 : « Vailland mon assassin ne pouvait pas louper le Goncourt, je le savais, mais avec quel navet grand Dieu, le Renaudot, une autre honte, ne vaut pas mieux ! » Le prix Goncourt a en effet été attribué à Vailland pour La Loi ; le prix Renaudot, à Butor, pour La Modification.
Le 14 décembre, dans les brouillons de Raymond Queneau, cette question : « Et si Zazie ne descendait jamais dans le métro ? »
Le tome premier des Œuvres de Paul Valéry parait dans la Pléiade le 27 décembre ; l’« introduction biographique » est d’Agathe Rouart-Valéry ; l’édition, de Jean Hytier. On y trouve toutes les œuvres parues en volume, certains écrits non recueillis, mais pas « les quelque vingt-sept mille pages de ses deux cent soixante et un cahiers ». ».


Chat, Dessins d’André Malraux, in Agenda 2017, Bibliothèque de la Pléiade

*
Merci à :
Serge Audier, pour La société écologique et ses ennemis
Peter Heather, pour Rome et les Barbares. Histoire nouvelle de la chute de l’empire

- Amitiés
P.S. (rappel publicitaire) : Avez-vous acheté votre Ubik de protection? Ne tardez pas. Il vous protègera des uns et des autres.

*
Remerciement spécial à Maurice G. Dantec (Grenoble, 13 juin 1959 – Montréal, 25 juin 2016), « écrivain nord-américain de langue française » comme il se définissait lui-même, à qui j’emprunte le titre de Théâtre des opérations pour le texte que vous venez de parcourir.
Et sans oublier Jack Kirby, le créateur du Silver Surfer qui fit sa première apparition dans les pages de Marvel Comics en mars 1966.

*

Précédents épisodes du Théâtre des Opérations : consultez les archives du site, une publication mensuelle depuis Janvier '17. Dernier épisode : nous y voilà !

Commentaires

Posts les plus consultés de ce blog