Hannah Arendt and the Links of a Thinker

Ce billet a été publié sur le blog du Bard College le 12 novembre 2015 dans la section 'Library':


"I’ve organized my Arendt library into two parts. On the upper shelf, you’ll find secondary literature on Arendt sorted into sections that are arranged in chronological order. (Each section is separated from the other by a bookmark.) I realized after having sorted all studies I’ve collected so far on Arendt, both in English and French, that during the ’80’s and ’90’s, the number of books written on Arendt was still modest, but then from the 2000’s and especially since 2010 (the two later sections), the number of books has expanded considerably, which is material evidence of the rising interest in Arendt’s thinking since the turn of the 21st century.

On the intermediate shelf, and on the first section of the third shelf, I’ve put Arendt’s books starting with her correspondence and then followed by sections centered around her key works, including Jewish Writings, Origins, The Human Condition, On Revolution, Life of the Mind, and others. In the remaining part of the third shelf, you can find authors having some affinity with Arendt, many of them being as she was herself “children of Heidegger” (Jonas, Marcuse, Anders) or thinkers with whom she shared interests (Raymond Aron, for instance).

It is no surprise that a library reflects the idiosyncrasies of its owner, so this partial view on my 20th century philosophy library might give you some indirect evidence of my interests in Arendt, her work, and who was influential to her and her writing. (Not shown in the picture are the works of Heidegger, Husserl, Jaspers, and Bultmann, as well as others like Leo Strauss.) Every thinker comes into connection with others; my library tries to reflect the way I understand those links, or as Arendt may have said, to capture something of the plurality of the philosophers in action."

credits: l'auteur
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  Lors de mon intervention au séminaire consacré à "l'antisémitisme et l'opposition au libéralisme chez Martin Heidegger et Carl Schmitt" le 6 juin dernier, (billet repris sur ce blog le 26 juin), j'avais affirmé, d'une façon un peu péremptoire je dois dire: "Elle (Hannah Arendt) n’est pas une héritière de Heidegger". Jugement que j'avais nuancé pour la publication de l'article suite à une discussion avec Eric Clemens qui me faisait aimablement remarquer que tel n'était pas tout à fait le cas, du moins si par "héritage" il fallait entendre une influence directe de la pensée de l'un sur celle de l'autre, cette influence fut-elle ou non reconnue explicitement dans des écrits ou des propos par "l'héritier"; et l'on sait aussi que chez Arendt comme d'autres anciens élèves de Heidegger - (Hans Jonas, Herbert Marcuse, Gunther Anders, Karl Löwith...), il y une relation complexe de fascination et de répulsion, rejet qui s'est opérée vis-à-vis de leur ancien maître au moment de son engagement dans le nazisme (voir notamment le livre de Richard Wolin "Heidegger's children", Princeton University Press, 2001, à qui j'emprunte l'expression dans mon billet ci-dessus, pour une bonne mise au point de cette question d'héritage intellectuel). "The links of a Thinker" m'amène à poursuivre cette question des influences, avec une annotation supplémentaire que je livre ici, résultat de recherches en cours parmi les archives d'Arendt.
  L'on sait maintenant fort bien grâce aux travaux de Jérôme Kohn, qu'entre "Origins of Totalitarianism" (1951) et "The Human Condition" (1958), Arendt a eu deux projets importants en chantier: le premier s'appelait "Karl Marx and the Tradition of Western Political Thought", l'autre "Amor Mundi". Aucun de ces projets n'a abouti à une publication du vivant d'Arendt, mais le destin de ces deux "livres fantômes" est d'avoir irrigué en profondeur la conception de plusieurs ouvrages ultérieurs, à commencer par le dernier chapitre d'"Origins" repris dans les rééditions de 1958 et 1966: "Ideology and Terror" - dont il existe deux versions, la version source écrite en allemand pour un livre d'hommage à Karl Jaspers (publié en 1953) et la version anglaise (fort différente de l'original allemand), publiée quelques mois plus tard dans la Review of Politics : mais aussi d'avoir fourni les concepts et les matériaux que l'on retrouve dans "The Human Condition" (1958), ainsi que dans "Between Past and Future" (1961) et "On Revolution" (1963). Or, ce que l'analyse de ces travaux d'Arendt montre est que l'influence intellectuelle déterminante pour la genèse de ces concepts arendtiens promis à un grand succès, que sont "le travail, l'oeuvre, l'action" (labor, work, action) est à chercher du côté de Karl Marx pour les deux premiers, à l'évidence, mais aussi du côté de l'auteur de "L'Esprit des Lois" pour le dernier.
  De telle sorte, qu'à la question des influences d'auteurs de la tradition de la philosophie sur la pensée d'Arendt, il faudrait dire pour être plus complet et plus juste: non seulement Heidegger, mais aussi Marx, Montesquieu, sans oublier le "vieux Kant", qui comme on le sait, va revenir au premier plan des préoccupations d'Arendt vers la fin de sa vie.



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