Affichage des articles dont le libellé est essai. Afficher tous les articles
Affichage des articles dont le libellé est essai. Afficher tous les articles

vendredi 10 février 2017

Les Origines du totalitarisme. Une lecture commentée de la « Préface à la 1ère édition » (1951)


The subterranean stream of Western history has finally come to the surface and usurped the dignity of our tradition. This is the reality in which we live.
Hannah Arendt, 1950


 

  Les notes qui suivent constituent une lecture commentée d’un texte peu connu en langue française d’Hannah Arendt : la « Préface à la 1ère édition » de son livre Les Origines du totalitarisme, publié en 1951.
  Il s’agit d’un texte court et puissant, de deux pages et demie, qui se prête bien à une analyse fouillée.
  Je renvoie d’abord le lecteur à deux notes pour comprendre les problèmes d’édition, assez complexes, du livre Les Origines du totalitarisme (abrégé en O.T. dans la suite du texte) et de la « Préface » de 1951. Le texte fait ensuite l’objet d’un commentaire intégral, je l’ai découpé en sections et sous-sections correspondant à un plan de lecture possible des 11 paragraphes de la « Préface ». Je termine ces notes par quelques réflexions plus générales sur le style de pensée d’Hannah Arendt.


dimanche 30 octobre 2016

La question du « rien » aux limites de l’œuvre d’Hannah Arendt

Eclats du « Rien » en phénoménologie

Deux journées d’étude : 24 et 25 octobre 2016
Université Libre de Bruxelles
Centre de recherche Phi - Laboratoire de phénoménologie et d’herméneutique
Organisation : Professeur Antonino Mazzù


Agenda 


Note : le texte ci-dessous est un énoncé enrichi par rapport à celui prononcé assez librement lors de la conférence. Je n’y fais toutefois pas figurer la notice de présentation par laquelle j’avais commencé mon exposé ni le résumé des questions – réponses qui suivirent. Certaines d’entre elles me serviront peut-être à rebondir, vers d’autres questions. D’autres sections sont par contre un peu plus développées. J’ai conservé les expressions qui rendent compte de l’oralité. Il y aura toujours un chiasme entre la parole et l’écrit. S’il devait y avoir un prolongement papier à ce travail, je crois que la forme et (sur certains aspects) le fond, continueraient à évoluer. Dans l’état, il me semble que c’est un compte-rendu assez fidèle du travail en cours, qui caractérise l’esprit du blog sur lequel je mets cette contribution à disposition. Il va de soi également qu’une intervention dans un colloque, séminaire, journée d’étude, prend sa place et une partie de son sens par sa mise en relation avec les autres interventions. Même si chaque pensée se donne à entendre indépendamment, il y a un tout qui, comme on s’en doute, est plus que la somme des parties. Dans le cas qui nous occupe, ce propos consacré à la clarification d’une « Question du « rien » aux limites de l’œuvre d’Hannah Arendt », n’aurait pas beaucoup d’intérêt s’il n’était pas rapproché des analyses plus fondamentales qui touchent à la pensée du « rien » (néant, vide…), « objet », « concept », paradoxal s’il en est, dont une partie de la recherche en ontologie, en phénoménologie et en logique s’occupe depuis un siècle, recherches dont il nous a été donné d’entendre quelques fulgurances ou éclats au cours de ces deux journées d’étude.
  Je remercie le Professeur A. Mazzù de m’avoir donné l’occasion de m’exprimer. Je remercie également les participants pour leur écoute et la qualité de leurs retours.
  Je choisis d’illustrer l’article pour le blog avec la reproduction d’un tableau que j’ai découvert grâce à une des interventions consacrée au dialogue d’un thème issu de la pensée de Merleau-Ponty avec le travail de l’artiste coréen Lee Ufan.



  Lee Ufan, Dialogue – space, 2008, Oil and mineral pigment on wall, 66 x 62.5 cm, Installation view: Lee Ufan: New Work, Lisson Gallery, London, April 2-May 10, 2008, Photo: Ken Adlard, courtesy Lee Ufan and Lisson Gallery, London.


vendredi 15 avril 2016

Vie nue et psychopolitique

Lavage de cerveau


  J’emprunte le concept de vie nue à Giorgio Agamben et celui de psychopolitique à Byung-Chul Han. L’un et l’autre de ces auteurs ont une dette vis-à-vis des travaux de Michel Foucault qui reste un des « archéologues » important du savoir contemporain. Je cite l’extrait d’un entretien mené avec Giorgio Agamben :

L’objet propre de la biopolitique, c’est la « vie nue » (zôè), qui désignait chez les Grecs « le simple fait de vivre », commun à tous les êtres vivants (animaux, hommes ou dieux), distincte de la « vie qualifiée » (bios) qui indiquait « la forme ou la façon de vivre propre à un individu ou un groupe ».[1]

  Que peut-on penser du terme de biopolitique lui-même, inventé par Michel Foucault ? Dans sa leçon du 10 janvier 1979 au Collège de France, il dit :

J’essaierai de vous montrer comment tous les problèmes que j’essaie de repérer là actuellement, comment tous ces problèmes ont pour noyau central, bien sûr, ce quelque chose que l’on appelle la population. Par conséquent, c’est bien à partir de là que quelque chose comme une biopolitique pourra se former. Mais il me semble que l’analyse de la biopolitique ne peut se faire que lorsque l’on a compris le régime général de cette raison gouvernementale dont je vous parle, ce régime général que l’on peut appeler la question de vérité, premièrement de la vérité économique à l’intérieur de la raison gouvernementale, et par conséquent si on comprend bien de quoi il s’agit dans ce régime qui est le libéralisme, lequel s’oppose à la raison d’Etat,  - ou plutôt la modifie fondamentalement sans peut-être en remettre en question les fondements  -, c’est une fois qu’on aura su ce que c’était que ce régime gouvernemental appelé libéralisme qu’on pourra, me semble-t-il, saisir ce qu’est la biopolitique.[2]

  Le terme de psychopolitique quant à lui proviendrait d’un manuel sur L’Art soviétique du lavage de cerveau (attribué à Lavrenti Beria[3]) traduit en anglais par Kenneth Goff[4], un activiste anti-communiste qui se présentait comme ancien agent soviétique ayant témoigné devant la Commission des activités anti-américaines entre 1946 et 1948[5]. Selon d’autres sources, L. Ron Hubbard connu pour être le fondateur de la « dianétique » et de l’Eglise de Scientologie serait le seul auteur de ce texte.[6] Quoi qu’il en soit de cette controverse[7], il est intéressant de citer une définition du terme de psychopolitique telle qu’on peut la trouver en ligne dans une traduction de livre de Kenneth Goff:

L’art et la science d'affirmer et de maintenir la domination sur les pensées et les choix de loyauté des individus, dirigeants, bureaux et masses, et la réalisation de la conquête des nations ennemies par la « guérison mentale ».[8]

  On peut penser que cet ouvrage est un faux (celui attribué à Kenneth Goff ou à L. Ron Hubbard) – bien que je n’ai pas pu vérifier la source qui appuye cette hypothèse (qui commente le cas de Kenneth Goff)[9] , que ce manuel de psychopolitique relève lui-même de la manipulation – je raisonne ici par analogie avec le faux célèbre : Les Protocoles des Sages de Sion analysé par Pierre-André Taguieff[10] ; il dévoile, dans tous les cas de figure, quelque chose de l’esprit d’une époque auquel Arendt a été sensible. Ainsi, dans un texte peu connu consacré aux « Ex-Communistes » publié d’abord dans Commonweal le 20 mars 1953, ensuite pour le Washington Post le 31 juillet[11], c’est-à-dire en pleine époque du maccarthysme et de « chasse aux sorcières », elle prenait prétexte de la recension des mémoires de Whittaker Chambers, ancien espion soviétique à Washington[12], pour « une mise en garde politique » d’un phénomène « prétotalitaire ». Les propos d’Arendt sur Chambers s’appliquent parfaitement à un individu comme Kenneth Goff et sans doute aussi L. Ron Hubbard. J’ignore si Arendt connaissait dans le détail les activités de la Commission des activités anti-américaines, antérieures à la commission d’enquête présidée par Joseph McCarthy et menant ses activités parallèlement à cette dernière. Par contre, elle n’ignorait pas qu’en dénonçant ces pratiques dangereuses pour la démocratie, elle prenait le risque de mettre son mari et elle-même en danger. Rappelons qu’ils avaient été récemment naturalisés citoyens américains en 1951[13].

L’information […] constitue un devoir dans un Etat policier dont les membres se trouvent regroupés et divisés selon deux catégories toujours mouvantes : ceux qui ont le privilège d’être les informateurs et ceux qui vivent dans la crainte de faire l’objet de renseignements. C’est toujours la même antienne : on ne saurait combattre un dragon, nous persuade-t-on, sans en devenir un soi-même ; on peut lutter contre une société d’informateurs seulement en se faisant informateur.[14]

  Dans une longue lettre du 13 mai 1953 à Karl Jaspers, Arendt s’exprime avec inquiétude sur ce qui se passe aux Etats-Unis :

… et je n’ai pourtant pas écrit car ce que je dois en fait vous raconter paraît chaque jour si oppressant qu’on perd toute envie d’écrire.
  Vous savez sans doute beaucoup de choses par les journaux. Pouvez-vous en déduire jusqu’àù va la désintégration et avec quelle effroyable rapidité elle s’effectue ? Et jusqu’à présent, à peine quelque résistance ; tout fond comme beurre au soleil. L’essentiel est naturellement la décomposition de l’appareil de l’Etat et l’établissement sans doute délibéré d’une sorte de gouvernement parallèle qui, bien que sans pouvoir légal, possède le pouvoir réel. Et cela dépasse de loin les milieux de la fonction publique. [15]

  Un peu plus loin elle ajoute : « Ce qui est déterminant, c’est le rôle des ex-communistes qui ont introduit dans l’affaire des méthodes totalitaires ». Dans le fond, elle voit en train de se réaliser aux Etats-Unis une transformation de l’appareil d’Etat, en décomposition, soumis à l’influence d’une sorte de gouvernement parallèle, symptômes de l’avènement d’un monde totalitaire qu’elle avait analysés dans Origins. Un autre symtôme est celui de la disparition de l’espace public citoyen, remplacé par le monde des affaires et par les nouvelles masses que sont les employés :

Le gouvernement lui-même, avec à sa tête ses présidents joueurs de golf, est impuissant, comme vous avez pu le constater d’après les journaux. C’est un gouvernement du Big Business, dont le seul souci est de rendre ce big business encore bigger. Dans la pratique cela ne signifie pas nécessairement la dépression, mais sans doute la liquidation des petites affaires indépendantes. C’est extrêmement important. [] Le danger de cette évolution n’est pas tellement dans l’accroissement du pouvoir des grands trusts [], il est dans le fait que l’homme de la rue, indépendant, disparaît ainsi en tant que facteur politique. En d’autres termes, ce gouvernement transforme chaque jour davantage la société en ce qu’elle est de toute façon, en une société de jobholders. [16]

  Enfin, elle annonce ce qui se passe aussi sur le plan des idées avec la mise en place d’une nouvelle idéologie et raconte à ce propos une anedocte piquante qui est lui arrivée :

Actuellement, les ex-communistes jouent à vrai dire un rôle néfaste dans les processus de désintégration. Je pense qu’à la longue* ils ne pourront pas se maintenir dans cette position. Ils seront remplacés par le bon réflexe vieille Amérique du know-nothing, car lui seul peut coïncider avec l’idéologie de l’americanism, qui est seulement en train de prendre forme. Tout cela se dessine déjà très clairement. (Le président de Brooklyn College, un imbécile, toute la ville le connaît comme réactionnaire, m’a déclaré dans un débat public qu’il était né et avait grandi dans l’Iowa et qu’il n’avait donc nul besoin de réfléchir davantage ou de lire pour savoir ce qui était juste : lui et Sidney Hook – un attelage désopillant – m’expliquèrent ensuite que ce n’était pas américain de citer Platon… [17]

  Entre l’Amérique du milieu du vingtième siècle et le monde d’aujoud’hui les comparaisons ne manquent pas. Entre le fantasme d’un lavage de cerveau soviétique et celui bien réel des méthodes de dénonciation et de confession importées dans l’Amérique du maccarthysme, Hannah Arendt inquiète observe la possible émergence d’un nouveau totalitarisme. Quels sont les glissements possibles du concept de psychopolitique tel qu’on le trouve dans les écrits (apocryphes) attribués au chef de la police secrète soviétique (en fait dans le chef probable d’un ex-communiste américain), et son réemploi contemporain, par dérivation du concept foucaldien de biopolitique ? Pour un penseur comme Byung-Chul Han, le concept de psychopolitique opère un glissement de sens vers une nouvelle forme d’organisation politique dont les buts et les moyens relèvent du contrôle de l’information et des manipulations de l’esprit humain, à entendre dans un sens large. Ainsi, à propos des nouveaux moyens de surveillance numérique, Byung-Chul Han écrit:

En prenant connaissance de la logique inconsciente de son fonctionnement, la psychopolitique numérique s’empare du comportement social des masses. Notre société de surveillance numérique, en ayant accès à l’inconscient collectif et aux futurs comportements sociaux des masses, a un léger parfum de totalitarisme. Elle nous soumet à la programmation et au contrôle psychopolitique. La page de l’ère biopolitique est désormais tournée. Nous nous dirigeons aujourd’hui vers une ère nouvelle, celle de la psychopolitique.[18]

  Dans la suite de la recherche, j’utiliserai le concept de psychopolitique dans le double sens enrichi par cette généalogie qui emprunte sa forme à une raison gouvernementale (Foucault) et son intention à la manipulation mentale : en d’autres termes, une réactualisation du concept arendtien d’idéologie [19]
  Reprenant alors à mon compte la définition de Giorgio Agamben, j’introduis le concept de vie de l’esprit nue comme étant l’objet de la psychopolitique, par opposition à une vie de l’esprit politique résultant de la pluralité d’êtres humains, non réductible à un schème computationnel, à une Idée platonicienne qui permettrait d’en assurer la fabrication et le contrôle.






[1] Giorgio Agamben, « Une biopolitique mineure », Vacarme 10, 2 janvier 2000, http://www.vacarme.org/article255.html.
[2] Michel Foucault, Naissance de la biopolitique. Cours au Collège de France, 1978-1979, Paris, Ehess, Gallimard, Seuil, 2004, p.23-24.
[3] Il fut responsable entre 1938 et 1945 du NKVD, l’ancêtre du KGB, la police politique soviétique.
[4] Kenneth Goff, Brainwashed into slavery, 1950, cité in Jeffrey Kaplan, Encyclopedia of white power: a sourcebook on the radical racist right. Walnut Creek, CA: Rowman & Littlefield, 2000. On pourra consulter ci-après une publicité éloquente pour cet ouvrage attribué à Kenneth Goff, parue dans Ability magazine 1963, vol. 149, p.9 : http://www.lermanet.com/exit/manney/1963_Ability_148_pg8-9.jpg
[5] D’après Jeffrey Kaplan, op. cit., voir aussi la page Wikipedia: House Un-American Activities Committee (à ne pas confondre avec la commission d’enquête du sénateur Joseph McCarthy établie en 1950): https://en.wikipedia.org/wiki/House_Un-American_Activities_Committee, ainsi que la référence citée sur cette page : Michael Newton, The Ku Klux Klan in Mississippi A History. Jefferson, N.C.: McFarland & Co, 2010, p. 102.
[6] L. Ron Hubbard, Brain-Washing. A synthesis of the Russian textbook on psychopolitics, The Church of Scientology, 1955
[8] http://www.oocities.org/traitements_psy/index.pdf. Selon cette source anonyme de traduction du (supposé) livre de Kenneth Goff, ce dernier aurait déposé devant la Commission des activités anti-américaines en 1939 et non pas une dizaine d’années plus tard. Je laisse l’éclaircissement de ce point d’histoire aux spécialistes.
[9] Morris Komisky, The hoaxers: plain liars, fancy liars, and damned liars, Volume 1. Brooklyn Village, MA: Branden Press, 1970
[10] Pierre-André Taguieff, L’imaginaire du complot mondial. Aspects d’un mythe moderne, Editions Mille et une Nuits coll. Petit Libre n°63, 2012.
[11] Hannah Arendt, « Les Ex-Communistes », in Penser l’événement (Claude Habib, dir.), Paris, Editions Belin, 1989, p. 163-175
[12] Whittaker Chambers, Witness, 1952, cité en note de bas de page dans l’article d’Arendt, op. cit., p. 164
[13] Une partie du livre qu'Arendt consacra à l'Impérialisme dans Les Origines du Totalitarisme est citée en exemple d’une évolution du droit dans les décisions de la Cours suprême aux États-Unis face au maccarthysme à partir de 1954 jusqu’en 1958 (cfr. Anne Amiel, La non-philosophie de Hannah Arendt. Révolution et jugement, PUF, 2001, note 1, p. 18). Arendt y évoquait le sort des apatrides, des exilés, des réfugiés dans le dernier chapitre de la seconde partie de son livre, intitulé : « Le déclin de l'Etat-Nation et la fin des Droits de l'Homme ». Elle écrivait notamment ceci: « Avant la dernière guerre, seules les dictatures totalitaire ou semi-totalitaires avaient recours à l'arme de la dénaturalisation a l'égard des citoyens de naissance; nous avons désormais atteint le stade où même les démocraties libérales comme les Etats-Unis, se mettent à envisager sérieusement de priver de leur citoyenneté ceux des Américains de naissance qui sont communistes. L'aspect sinistre de ces mesures tient à ce qu'elles sont envisagées en toute innocence. », in Les Origines du Totalitarisme, op. cit., p. 577.
[14] Hannah Arendt, op. cit., p. 167, [nous soulignons].
[15] Hannah Arendt / Karl Jaspers, Correspondance 1926-1969, Paris, Editions Payot & Rivages, 1995, p. 299-300 (nous soulignons).
[16] Hannah Arendt / Karl Jaspers, op. cit., p. 302-303
[17] Hannah Arendt / Karl Jaspers, op. cit., p. 303
[18] Byung-Chul Han, Dans la nuée. Réflexion sur le numérique, Actes Sud, 2015, p. 102. Il faut relever le fait que cette forme de contrôle social modernisé n’est pas nouvelle dans les sociétés occidentales. Faut-il rappeler qu’en 1928, Edward Bernays rédigeait « LE manuel classique de l’industrie des relations publiques » selon Noam Chomsky, « véritable petit guide pratique écrit en 1928 par le neveu américain de Sigmund Freud, [dans lequel il] expose cyniquement et sans détour les grands principes de la manipulation mentale de masse ou [] la « fabrique du consentement » » ? Edward Bernays, Propaganda. Comment manipuler l’opinion en démocratie, Paris, Editions La Découverte, 2007 (quatrième de couverture).
[19] Hannah Arendt, Idéologie et terreur, Paris, Hermann éditeurs, 2008, pour la version traduite de l’allemand, et aussi : Hannah Arendt, « Chapitre XIV : Idéologie et terreur », in Origines du Totalitarisme, Paris, Gallimard coll. Quarto, 2002, pour la version traduite de l’anglais et qui fut rajoutée à la seconde édition d’Origins of Totalitarianism en 1958.

dimanche 24 janvier 2016

42 is not the answer (on Hannah Arendt)

42 is not the answer

Work in progress – this was written on 10th November 2015 as a memo to catch-up with some ideas around my research. The Virtual Reading Group on Hannah Arendt led by Professor Roger Berkowitz at Bard College (NY) defined the context of this writing.

   As we are getting to the end of reading The Human Condition, timing is right for me to resume my thoughts. What you will find hereafter is a memo introducing the questions I’m interested researching on Hannah Arendt and the statement of my hypothesis, with a few words about myself.

   I was born in 1958, son of a Bulgarian political refugee and a Greek mother, the same year Arendt published The Human Condition; and as far as my childhood memories go, I remember a deep interest, or even passion I had following the events of the Space Age, which culminated at the end of the next decade with Apollo missions and Lunar landings. I remember also perplexing questions I shared with boys of my age about the Cold War, and a somehow morbid fascination for the atomic bomb. Stanley Kubrick’s 2001 A Space Odyssey movie I saw at the turn of the seventies, made a lasting impression to me, and possibly was the starting point for me turning to metaphysical questions, in quite a natural way, feeling through this work of art that Kubrick produced, the seeds of ταυμαζειν or philosophical interrogation, which I started to follow more explicitly as a student when I entered at the University of Brussels six years later. But life is unpredictable, and as it happened, I dropped quickly from studies in philosophy, switched to psychology, got a master degree with some specialization in neurosciences, and started a career after a few years as a researcher in psychopharmacology, from which, again, I switched after a while for more stable jobs on what was, and remains, an expanding field: information technology. This is the domain I am still working on, more specifically in the financial industry and banking for the last 16 years, and where I suppose I will stay until I get retired. Then, philosophy came back to the fore of my mind, somehow with life-turning events and a desire to think more deeply, more seriously to the “Answer to the Ultimate Question of Life, the Universe and Everything”, which is not “42” (as per Douglas Adams, in The Hitchhiker’s Guide to the Galaxy), but “more philosophy”.



   The first time I read Hannah Arendt was during my final years at the University, with the translation to French of the third part of The Origins: The Totalitarian System -- then many years passed, and I started reading The Human Condition when I had decided to do “more philosophy”. The famous Prologue to that book fitted almost perfectly with my mindset, I had found the set of questions I wanted to think about: what happened to the world? What does the world of technology mean to our condition? What is it telling about the way we organize our societies and politics, leading perhaps to the manifestation of the “banality of evil”? Somehow, I tried to put myself in the same footsteps as Arendt, and think to the enigma of the “absence of thought”, the “banality of evil”, the roots of the totalitarian system, all connected together in a puzzling way. I got the feeling Arendt could not achieve addressing those questions. I had, and have still the impression that she met a limit, an “aporia”, to use the philosophical vocabulary, into her radical effort to think on the “origins of Origins”, or that in a sense she failed to produce the convincing philosophical evidence of “what turned wrong” with the human condition, going instead to the end of her life to promote the tradition of the “Vita Contemplativa” as an answer to the question of limits. Of course we do not know what she could have achieved, had she lived a few years more; Judging, the third part of the The Life of the Mind would have probably lead to new avenues of thought linking the esthetic and teleological judgments back with the concept of radical evil – we will never know, we can only speculate, and this is maybe one of the reasons why so many people get into arendtian studies. Maybe it is also one of my reasons: try to understand better what she had in mind.

   To be more specific, the theme I am addressing in my starting research is “the question of technology” in Arendt’s thought and work. I embarked this year onto a doctoral journey with the support of my thesis promoter, Professor Antonino Mazzù at the University of Brussels. To understand the context, Professor Mazzù leads the research group on phenomenology and hermeneutics, at the department of Philosophy. Arendt is one of the thinkers being studied within this research group, alongside prominent figures of the phenomenological current: Husserl of course, the most important one, Fink, Heidegger, Binswanger, Merleau-Ponty, and other French philosophers like Michel Henry, Henry Maldiney or Marc Richir, who just passed away recently – he had teach at the University of Brussels and inspired many people, among them Mazzù. There is a strong tradition of phenomenology in Belgium, starting with the Husserl archives being deposited at the University of Leuven, and with people like Alphonse de Waelhens who was the first translator in French of Heidegger’s Sein und Zeit. Where does Arendt fit in this context? Obviously: almost everywhere in her work, and probably the most profoundly in The Human Condition, where she is developing her “existential analytics” of the “Dasein”, as we might say, with the concept of the “Vita Activa”. And as we are now nearly achieving to study this book through the lessons of the Virtual Reading Group, I can more precisely frame my working hypothesis: that Arendt understood technology into the framework that Heidegger, with Die Frage nach der Teknik had defined, as the “power of will”, and that her interpretation of the reversals between ‘Vita Contemplativa’ and ‘Vita Activa’ on the one hand, and within the ‘Vita Activa’ between action, the homo faber and the animal laborans, on the other hand, rely on the (almost) same metaphysical ground as Heidegger pessimistic view, that the Question of Being has been lost and replaced by the worldly domination of technology. For Arendt, the sense of loss comes from the demise of action and politics per se, seen from the Greek perspective of early philosophers. She sees the turning point being the Modern Age and the invention of the telescope, followed by the rise of scientific thought everywhere (statistics, calculation, processes…)

   To wrap up, I have defined my subject of research being “Vita Activa and Technology”, and what I am looking for is of course to come to terms with in-depth understanding of the “modern age” of Science, starting from Galileo and Descartes, until Marx, through Arendt’s concepts. As a thinker profoundly influenced by German phenomenology and the work of Heidegger in particular, I will obviously need to clarify the influences coming from such texts at the Crisis of European Sciences (Husserl) and the Question of Technology (Heidegger) to shaping Arendt’s framework. A philosopher I am also very much interested is Leibniz (Professor Berkowitz has shown the relation between Leibniz’s concept of Law and Justice and its applications as calculated outcomes of rules and ‘standards’[1] – algorithmic governance is a topic drawing much attention nowadays). I would like maybe to dedicate some part of my research on Arendt reading Leibniz, or Arendt reading Marx[2], in her own conceptualization of the Vita Activa, and the critique of the age of science and technology. I don’t believe Arendt was pessimistic on science although it seems she has a bias against it; neither she was optimistic; she tried to think science and technology and their impacts. But as I said in the beginning, I am not sure she succeeded producing an original or innovative model where modern age would fit both with the outcomes of totalitarianism, and with the world of liberal democracies or economies, as we know them. The problem is that I cannot formulate what she possibly missed, because it is no more than an intuition at the moment.

This year marks the 300th anniversary of Leibniz death

   To switch to more practical queries, and assuming the subject is relevant and makes sense, my most urgent need is to find out whether or not Arendt wrote down something not published yet in relation to science and technology, or the philosophers of the modern age. It is well-known she worked a lot on Marx, and the New School has published some material in 2002 and 2007, as well as Jerome Kohn did in Promises of Politics (2005), but there are maybe additional sources that can be exploited. I browsed from the Internet the list of topics archived at the Library of Congress, but at this point I’m stuck because I don’t know what could be uncovered doing the research onsite, at the New School or at the Library of Congress itself, versus working from the Internet exclusively. I am just throwing hereafter some items identified from the Catalog, but again, I have no experience working with Arendt’s archives. I contacted also Professor Jerome Kohn about this query and he advised me to go directly to the Library of Congress at Washington D.C. to search through Arendt’s papers.


Subject File 1949-1975

Box 55
University of Columbia
  Conference on Private Rights and the Public Good
  Conference on Technology and the Ideal of Human Progress

Box 57
Courses
  Cornell University
            Machiavelli to Marx, 1965

Box 58
  University of California
    History of Political Theory, lectures 1955

Box 59
University of Chicago, Ill
  Marx, Karl, seminar, 1966

Box 72
  Cybernetics, lecture 1964

Box 74
  The impact of Marx, lecture notes, Rand School, 1952

Box 75
  Karl Marx and the Tradition of Western Political Thought, Christian Gauss Seminar, Princeton, 1953 (this has been published in Social Research Journal 2002)

Box 82
  Marx and Hegel (2 folders)






[1] Roger Berkowitz, The Gift of Science. Leibniz and the modern legal tradition, Fordham University Press, New York, 2010
[2] This is where I stand today (note 24th Jan. 2016)